21 juin 2007

Deux désastres ou une refondation

Le prochain conseil national du PS a lieu samedi prochain. Déjà, les uns et les autres ont commencé à fourbir leurs armes, et devant les emballements un minimum de modération est je crois nécessaire.

Face à ceux qui veulent la peau du premier secrétaire ici et maintenant et mettre en place une direction collégiale le plus rapidement possible, je ne peux que m’étonner. D’abord parce ceux-là même qui incriminent aujourd’hui l’immobilisme d’hier (Valls, Gorce etc…) sont ceux qui se sont bien gardés d’engager un processus de rénovation du PS tant qu’il était encore temps en 2002. Facile de hurler avec les loups, camarades. Ensuite parce que derrière cette question de la direction du PS il faudrait être aveugle pour ne pas voir une volonté de poser rapidement la question du leadership, et donc l’intention d’installer Ségolène Royal le plus rapidement à la tête du PS : arrêtons deux secondes l’hypocrisie qui consiste à critiquer la direction pour mieux placer sa candidate préférée, tout en clamant haut et fort que c’est pour le bien de la refondation. Ceci dit je comprends très bien que les partisans de Royal fassent entendre leur voix, simplement on ne peut en aucun cas à mon sens poser la question du leader avant celle des idées, et c’est ce qui est en train de se passer.

Le premier désastre  est donc en train de surgir en ce moment : car ce n’est pas en allant le plus vite possible et en virant le plus tôt possible les gens qu’on n’aime pas qu’on pourra avancer sereinement. La refondation ne pourra se faire en 3 mois, et ceux qui proposent d’organiser un congrès dès l’automne prochain font preuve d’une irresponsabilité étonnante. Car quel est l’enjeu des premiers mois à venir ? Dans un premier temps nous poser, analyser, réfléchir, d’abord sur les raisons de notre défaite (et il faudra aller plus loin que le « y en a qu’étaient pas gentils »), ensuite sur notre ligne politique et idéologique. Qui peut croire un seul instant qu’avec un calendrier précipité et un congrès avancé qui verra une lutte de chefs avoir lieu, on pourra avoir ce débat qui nécessite de prendre du recul et de la distance par rapport aux querelles de personnes ?

J’en viens maintenant au second désastre, qui je pense a beaucoup moins de chances de se produire, mais qui est directement lié au premier. Ce serait que rien ne bouge, rien ne change. Comme en 2002. Comme souvent au parti socialiste d’ailleurs, malgré la bonne volonté de quelques uns qui ont depuis 5 ans tenté d’apporter des idées nouvelles. J’ai beaucoup de mal cependant à croire à ce scénario, pour deux raisons : d’abord parce que la rénovation et la refondation, contrairement à 2002 où elle était portée par le quasi-seul NPS dont je faisais partie, fait aujourd’hui consensus. Ensuite, et c’est la raison déterminante, c’est tout simplement parce que Ségolène Royal a décidé de déposer une motion au prochain congrès. Donc forcément, ça va changer, quoi qu’on en dise. C’est d’ailleurs ce qui me renforce dans l’idée que ceux qui veulent avancer très vite ne le souhaitent pas par souci d’être sûr de voir bouger les choses, mais bel et bien par stratégie pure. Car la situation n’est en rien comparable à celle de 2002, où tout le monde à la direction du PS avait intérêt à ce que rien ne change, alors que là c’est exactement l’inverse. Alors oui, au final je trouve… écoeurant, c’est le mot, de voir que certains veulent nous voir prendre le risque de nous précipiter, en disant « faut pas faire comme depuis 2002 » (ce qui par contre est vrai), alors que ce sont ceux-là mêmes qui n’ont rien fait par le passé pour faire bouger les choses. On a 5 ans de réflexion de retard, camarades, et ce n’est pas en voulant régler la question à la fois des idées et du leadership en 6 mois qu’on va y gagner quelque chose !

Ce sont ces deux écueils qu’il faut éviter. Nous avons je trouve une formidable capacité, une fois que nous nous sommes plantés, à réagir en adoptant une attitude à l’extrême opposé qui nous amènera à nous planter aussi. Pour mener le processus de refondation de la gauche, toutes les énergies seront nécessaires, y compris celles qui ne se sont pas développées dans le passé par opportunisme. Et la direction actuelle du PS représente, qu’on le veuille ou non, un cadre pour organiser les débats nécessaires. Pourquoi vouloir virer tout le monde et mettre en place une organisation collégiale ? Quel intérêt ? Alors que l’on sait très bien que si l’on change de direction ce sont les appétits personnels qui vont s’aiguiser plus que le débat d’idées ? Et avec qui cette direction collégiale ? On nous dit qu’il ne faut plus de proportionnelle au sein de la direction du PS, mais en même temps on ne nous dit rien sur ce que devrait être cette nouvelle direction : on fait comment, on tire au sort, on prend les potes à Ségo, on fait un casting, on prend que les gens de NPS et RM (vu qu'on nous dit qu'on peut pas continuer avec ceux qui sont restés immobiles) ? C’est une vaste blague cette histoire de direction collégiale, surtout quand personne n’est capable d’expliquer sur quelle base on la met en place !

Bref, tout ça pour dire que le voie de la refondation ne pourra s’emprunter qu’en naviguant sûrement mais sans précipitation, en maintenant notre cap avec détermination, sans s’arrêter en chemin, et en laissant derrière nous ceux qui voudraient le statu quo. Et sans nommer avec une certaine facilité les boucs émissaires sans avoir fait chacun notre auto-critique. Je crains, au regard de ce qui se passe à l’heure actuelle, que ceux-là mêmes qui prônent la fin des écuries n’en fassent eux-même partie, les attitudes du moment le prouvent. Et les prises de position des uns et des autres sont malheureusement plus souvent le fait de postures pro-candidat(e) que le fruit d’une soif de réflexion idéologique profonde. Gageons que nous saurons dépasser ces luttes vaines et créer ensemble les conditions d’un renouveau durable de la gauche, au delà même des personnes qui seront amenées à la représenter dans les prochaines années.

Posté par thibaultmorizur à 10:50 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires sur Deux désastres ou une refondation

    tout cela est bien joli mais tant qu'il y aura des gens comme Hollande,aussi charismatique qu'un sac de patates et Fabius,l'empoisonneur en série dans les rangs du PS,le vote à gauche ne représentera pour beaucoup qu'un vote par défaut contre la droite dure.
    Personnellement,j'ai pour cette fois ci voté pour le Ps pour contrer Sarkozy mais s'il n'y a pas de profond renouvellement ,je voterais blanc aux seconds tours .

    Posté par stephane, 21 juin 2007 à 11:00 | | Répondre
  • Sur le renouvellement des cadres du PS, entièrement d'accord, je dis simplement que c'est pas en faisant une purge accélérée qu'on règle les choses, même si au final il faudra bien changer tout ça.
    Sur la forme du commentaire, "empoisonneur en série" n'est pas un qualificatif acceptable sur ce blog, quels que soient les reproches que l'on peut faire à Fabius.

    Posté par thibault, 21 juin 2007 à 11:08 | | Répondre
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