03 juillet 2007

Contribution au débat

Ci-dessous un texte de la section J.B Clément de Paris paru dans Le Monde. N'ayant pas trop le temps d'écrire en ce moment, je laisse à disposition des articles qui me semblent intéressants dans la perspective de refondation de la gauche et de réflexion idéologique qui doit être la nôtre aujourd'hui. Sans adhérer entièrement à l'intégralité de l'article (quoique), plusieurs points me semblent dignes d'intérêt dans ce texte, qui a le mérite de lancer un certain nombre de débats.

D'ailleurs petite parenthèse : quand je trouve ce genre de texte, quand je lis certaines interv du CN qui portent de vraies idées, l'attitude stérile de certains qui consiste à gueuler sur tout ce qui bouge (ou ne bouge pas) sans défendre aucune proposition de fond parallèlement me désole. Alors faute de pouvoir aborder les vraies questions qui fâchent (sur le plan idéologique, pas stratégique), autant valoriser ceux qui se bougent les neurones... c'est le sens du copier-coller qui suit.

P.S. : et franchement, ça fait tellement plaisir de lire autre chose que "faut qu'on entre dans la modernité", "il faut construire le socialisme du 21ème siècle", "il faut sortir des dogmes", phrases-types très creuses qui ne veulent strictement rien dire en tant que telles et qui commencent à me fatiguer.

Point de vue - Le Monde du 2 juillet 2007

Pour un socialisme contemporain

Les militants socialistes doivent participer activement au diagnostic de la crise du Parti socialiste. Cette analyse ne peut reposer exclusivement sur des représentants les plus médiatisés, dont les avenirs personnels dépendent de l'issue de ce débat. Nous voulons que puisse émerger, par de nouvelles pratiques institutionnelles et intellectuelles, la redéfinition d'un socialisme contemporain prêt à convaincre et à gouverner. Il nous paraît à cet égard décisif de faire entendre la voix de militants, non professionnels de la politique, citoyens engagés à gauche.

Le PS aujourd'hui est sujet à un double décalage : entre le parti et la société française, entre l'appareil du parti et ses militants. En entretenant un rapport timoré avec son histoire et ses historiens, en délaissant le travail régulier avec les acteurs de la société civile, les chercheurs et les intellectuels, le PS s'est privé de leurs analyses. En confiant sa réflexion à un petit réseau de plumes issues des mêmes parcours professionnels et des mêmes écoles, le PS n'exploite pas la richesse de son potentiel militant et gâche l'intelligence qui existe en son sein. Il l'empêche de devenir collective.

En détournant au profit des rapports de force numériques entre ses grandes personnalités l'objectif premier de ses congrès, qui devaient arbitrer sur son orientation politique collective, le PS a fini par ridiculiser ses résolutions d'orientation programmatiques. Par effet de porosité, les règles collectives de fonctionnement du PS se sont également délitées. A force de laisser dire "je" au lieu de "nous", le Parti socialiste a du mal à incarner l'alternative crédible à une société d'individualismes et d'intérêts stratifiés. C'est ce système que tente de casser la méthode participative initiée pendant la campagne présidentielle et que nous souhaitons voir prolongée. La dynamique d'ouverture et de renouvellement initiée par l'adhésion de nouveaux militants doit être amplifiée.

La campagne présidentielle a vu triompher une double crise de la conscience historique et de la conscience politique. La référence à Jean Jaurès, au général de Gaulle, à la "valeur travail", ont circulé comme autant de lieux communs entre tous les partis, rendant illisible le clivage droite-gauche. La mise en scène par la droite d'un gouvernement d'ouverture et les appels de certains socialistes et Verts à évoluer structurellement vers le centre auraient pu l'effacer pour longtemps. De légitimes alliances électorales ne doivent pas conduire à des renoncements idéologiques précipités. En réaffirmant leurs propres valeurs, les socialistes poseront la première pierre de la redéfinition du socialisme contemporain.

Les citoyens ne demandent plus à la politique un avenir radieux. Ils veulent être en mesure, grâce à l'action politique, de déplacer les contraintes qui pèsent concrètement sur leur vie, de comprendre ce qui conditionne les décisions politiques locales et internationales, présentes et à venir.

Pour que le désir de politique puisse perdurer, il faut que chacun sache où réside aujourd'hui sa puissance politique. Quand réside-t-elle encore dans l'Etat traditionnel ? Quand relève-t-elle de processus de coopération entre Etats ? Comment cette coopération est-elle régulée ? Comment la faire progresser ? Face à quelles puissances le citoyen est-il vraiment impuissant ?

Si le travail politique dans des partis n'exclut pas la constitution d'espaces publics de débats et d'action dans des associations, tous ces engagements disséminés s'accompagnent du sentiment diffus de l'impuissance face aux puissances financières et bancaires de la "global politique". L'incertitude domine, et le rapport au futur est davantage régi par la précaution que par l'espérance.

Cela résulte en grande partie de la confusion entretenue entre une politique qui vise le bien commun et une politique qui gère le vivant sans le protéger au-delà de la survie. A une politique de la peur qui vise la servitude volontaire, le recours à un sauveur, il faut opposer une politique de consolidations réciproques, des espaces publics de solidarité qui supposent des individus singuliers et libres.

Si la question économique est au centre du projet socialiste, force est de constater que sa formulation ne va plus de soi. Il nous faut moderniser notre discours à l'égard des entreprises. Recouvrant des réalités diverses, elles sont des acteurs économiques et sociaux incontournables. Nous devons à la fois élaborer des contextes favorables à la création de richesse et promouvoir la défense les droits des salariés, ainsi que la reconnaissance, la valeur et la rétribution de leur travail. Plus généralement, nous devons nous émanciper de la tyrannie du court terme, celle qui découle d'une rationalité de rendement qui privilégie les avantages immédiats et épuise les ressources, au détriment d'une rationalité soucieuse de l'avenir. Cela demande la réhabilitation de la notion de bien commun et l'appropriation collective et démocratique des fondements du monde commun que sont, notamment, l'éducation, la santé, la culture et la défense de l'environnement.

La responsabilité historique des socialistes, sur la base d'une critique intelligente de l'économie mondialisée, est de répondre aux problèmes posés par les formes contemporaines de la pauvreté et de la misère, sans renoncer à en traquer les causes. En appeler au "progrès", fût-il "pour tous" et "dans le respect de chacun", ne saurait suffire ! Il faut esquisser des alternatives crédibles à l'hégémonie du capitalisme financier et spéculatif.

Nous sommes aux prises avec plusieurs difficultés : le chômage de masse, la pression à la baisse exercée sur les salaires, la précarisation des statuts mais aussi la modification profonde et durable du rapport quantitatif entre actifs et inactifs - étudiants, retraités - au profit de ces derniers.

L'élaboration d'un discours de gauche ne peut esquiver ces questions et implique de réfléchir à la place du travail au sein de la société, aux formes nouvelles que prend l'exploitation. Pour un très grand nombre, le salariat s'est aujourd'hui transformé en "précariat", de sorte qu'il ne suffit souvent pas de travailler pour gagner de quoi vivre. L'horizon d'une ascension par le travail devient de plus en plus incertain. L'identité des classes moyennes en est bouleversée, ce qui les rend de plus en plus sensibles aux discours qui mettent en avant des perspectives individuelles d'enrichissement et stigmatisent l'assistanat. Elles se sentent et sont les laissées-pour-compte des préoccupations de la gauche.

La lutte pour défendre les rémunérations n'est pas séparable d'une lutte pour la reconnaissance de la valeur des individus, de leurs compétences, de leurs savoir-faire, au sein des entreprises comme des administrations publiques. La disparité des conditions de travail aggrave les discriminations et les inégalités, alors que les hiérarchies de patrimoine viennent renforcer les hiérarchies salariales.

Le transfert de pans entiers de la Sécurité sociale vers une gestion assurantielle ou caritative du malheur comporte un risque triple : affaiblissement généralisé des niveaux de protection, creusement des inégalités, retour insidieux d'un paternalisme qui ne dit pas son nom. Le modèle protecteur et redistributif de l'Etat-providence élaboré pour une société industrielle en forte croissance a sans doute vécu. C'est parce que la définition des droits sociaux appartient depuis Jaurès au socialisme français qu'elle doit faire l'objet d'une réactualisation en profondeur. Collectivement, en travaillant, en réfléchissant, rendons le socialisme contemporain aux yeux de nos contemporains !


Section  J.-B. Clément, parti socialiste, Paris, 18 e arrondissement. Ce texte a été élaboré par une trentaine de militants appartenant à tous les courants du PS. Il a été adopté en assemblée générale par la section Jean-Baptiste Clément (l'une des trois sections du 18e arrondissement de Paris). Bertrand Delanoë en est membre, mais le maire de Paris n'a pas participé à l'élaboration de ce texte.

Posté par thibaultmorizur à 11:46 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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