18 juin 2007

Chronique d'un tsunami (trop vite) annoncé

Michèle Delaunay. Elle s’appelle Michèle Delaunay :-) . Tout un symbole que la défaite d’Alain Juppé hier, révélatrice d’une droite qui, si elle a gagné ces élections législatives, n’en est pas moins ressortie moribonde de ce deuxième tour pourtant annoncé comme tsunamique et qui au final s’est résumé à une vaguelette bien pâle, avec 40 sièges en moins pour la droite par rapport à 2002.

Alors oui, quelque part, il y a sans doute une forme de désaveu, non pas du gouvernement en tant que tel ni de Nicolas Sarkozy (du moins il est encore trop tôt pour l’affirmer), mais plutôt à l’encontre de la TVA sociale, mesure dont l’annonce a permis aux citoyens d’ouvrir les yeux sur l’illusion du « travailler plus pour gagner plus » et sur la fiction de la relance du pouvoir d’achat. Certes, c’est sans doute plus la démobilisation de l’électorat qui avait voté au premier tour pour la droite que la remobilisation des électeurs de gauche qui a joué, l’abstention ayant atteint un niveau record, mais il y aura tout de même des enseignements à tirer de ce scrutin.

D’abord le fait qu’on ne peut pas faire passer tout et n’importe quoi et faire prendre les vessies du libéralisme le plus dogmatique et idéologique (franchise sur les soins, TVA « sociale », bouclier fiscal) pour les lanternes de l’amélioration de la protection sociale et de la situation des plus démunis. Ensuite le fait qu’il reste des gens qui croient encore (un peu) à la gauche. Pas assez, c’est le moins qu’on puisse dire, mais tout de même, c’est un signe qui doit nous encourager. Quand il s’agit de s’opposer à une mesure du gouvernement, les citoyens choisissent encore d’élire des députés socialistes, même si le niveau d’abstention doit profondément nous alerter et nous interroger. Enfin, et c’est sans doute cela le plus important, il s’agira dans les semaines qui viennent de ne pas ce reposer sur ces lauriers qui pourront vite se fâner rapidement si la gauche n’est pas en mesure de se refonder réellement. Plus que jamais, la refondation de toute la gauche est indispensable, plus que jamais le débat d’idées et la capacité à formuler une orientation politique claire seront nécessaires, plus que jamais le renouvellement générationnel devra avoir lieu, tout en sachant ne pas tomber dans l’excès inverse qui amène à considérer toute jeune pousse comme quelqu’un de génial, indépendamment du fond idéologique qu’elle porte et qui peut s’avérer être une impasse pour la gauche (moi je pense à Manuel Valls en disant cela ? Nooon…bon d’accord, mais pas très fort alors).

Petit mot quant à nos partenaires de gauche, et d’abord une immense satisfaction locale, puisque l’union de la gauche a parlé et a permis d’élire en Loire-Atlantique le député Vert François de Rugy contre vents et marées et en l’absence de tout accord national entre les Verts et le PS, accord qui a finalement été trouvé localement et qui a porté ses fruits. Cette victoire est quelque part révélatrice du fait que la dynamique créée par une candidature unique de la gauche peut être réelle et aboutir à une victoire qui n’était à vrai dire que peu escomptée il y a quelques jours. Pour ce qui est du PC, il n’est pas aussi enterré qu’on le prédisait, et a prouvé avec l’élection de 15 députés qu’il aura encore un rôle à jouer, rôle qui passera nécessairement par sa rénovation profonde tant ce parti est vieillissant et à chaque élection plus fragile qu’à la précedente. Toujours est-il qu’il faudra entamer un dialogue privilégié avec ces deux formations pour construire ensemble cette refondation de la gauche que nous appelons tous de nos vœux.

Enfin, pour terminer, sur le plan local, c’est 2 circonscriptions que la gauche a ravi a la droite dans le département, puisque Michel Ménard a été élu sur Nantes-Ancenis, ce qui porte à 6 sur 10 les circos détenues par la gauche, score qui nous ramène au niveau de 97. Le rapport de force est donc incontestablement en faveur de la gauche en Loire-Atlantique, espérons-le durablement.

Bon au final si on fait le bilan on a un tsunami bleu qui en une semaine s’est presque transformé en vague rose, un Juppé qui ne devrait plus tarder maintenant à prendre sa retraite politique, un gouvernement qui va devoir s’atteler (déjà) à un remaniement ministériel inattendu, et… Ségolène Royal qui quitte François Hollande. D’accord, on s’y attendait, d’accord on le savait déjà un peu, beaucoup. Mais le moment tombe franchement mal. Hier j’étais très énervé par cette révélation en plein milieu des résultats, il s’avère en fait que celle-ci serait lieu à une « fuite » à l’AFP. Tiens tiens je trouve qu’il serait intéressant de s’adresser à l’AFP pour savoir qui a trouvé un intérêt au sein de l’agence à balancer une dépêche éclipsant de fait le bon score de la gauche au législatives. Un geste on ne peut moins politique en tous cas, sous couvert d’une « bourde » ou d’une simple fuite. Etonnant non ?


Edit : Bon quand même, au delà du fait que l’info s’est diffusée plus vite que prévu, le planning prévisionnel (sortie de l’info aujourd’hui ou demain) ne choque personne ? Moi si. Après la défaite sévère annoncée de la gauche, annoncer la rupture avec Hollande le lendemain de cette défaite censée être cuisante relevait sans doute initialement à la fois de la reprise en main médiatique sur le plan personnel et de l’ultime coup sur la tête de Hollande pour bien l’enfoncer et lancer la course au leadership du PS. Plus que moyen comme attitude.

Posté par thibaultmorizur à 11:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Chronique d'un tsunami (trop vite) annoncé

    NEWS!!

    Excellente initiative, bravo et bonne continuation!!
    C'est vrai que vous collez à merveille avec l'actualité !!
    La vague bleue annoncée n'est donc qu'une vaguelette. Les estimations se sont révélées erronées.

    Si l'actualité vous intéresse, vous la retrouverez traitée simplement et de façon complète sur http://newsroom.zeblog.com/. Nous vous attendons!

    Posté par NEWSROOM, 18 juin 2007 à 14:51 | | Répondre
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