19 juin 2007
Sociologie de la rénovation de la gauche
Article de Jean-Louis Andréani, Le Monde du 20 juin
Qu'est-ce que la social-démocratie ? Cette vieille question est de nouveau posée par les débats sur la "rénovation" du Parti socialiste. Le même mot recouvre, en effet, des réalités différentes, voire antagonistes, chez ceux qui évoquent l'impératif sociologique d'un parti ancré dans l'électorat populaire et chez les tenants, comme Ségolène Royal, d'une "modernisation" tournée vers le centre.
Le terme de social-démocratie est ambigu et peut-être inadapté au débat français, puisqu'il manque ici un élément central, un syndicalisme fort, et que, au demeurant, la social-démocratie européenne n'est elle-même pas exempte de remises en question. Pour faire simple, la social-démocratie vise à transformer le système capitaliste de l'intérieur plutôt que de tenter de le faire exploser par une révolution violente. Au-delà, il est évident que l'actuel PS français répond déjà à certains des critères d'un parti social-démocrate : référence aux valeurs humanistes, respect de la démocratie et de l'économie de marché, pourvu qu'elle soit "sociale"... Comme le souligne Henri Weber, l'un des lieutenants de Laurent Fabius (Le Monde du 9 mai), le PS s'assume "depuis longtemps comme un parti réformiste".
En fait, l'évolution, souvent présentée de manière rapide, voire abusive, comme la marque indéniable d'une "social-démocratisation" du PS, serait un glissement idéologique qui ouvrirait la voie à une alliance avec le centre. Depuis le choix stratégique de l'union de la gauche imposé par François Mitterrand au congrès historique d'Epinay en 1971, des pressions se sont exercées à intervalles réguliers, à l'intérieur comme à l'extérieur du PS, pour contester ce choix, à partir de la convergence de deux logiques : l'une politique - le refus de l'alliance avec les communistes -, l'autre sociologique. La seconde était fondée sur l'idée que la modernisation de l'économie et de la société conduirait inéluctablement à une réduction, voire une disparition de la classe ouvrière, et à l'émergence d'une grande classe moyenne. Soucieuse de continuer à améliorer son niveau de vie et son insertion sociale, celle-ci aurait un comportement électoral plus modéré, donc proche du centrisme.
Ce soubassement sociologique, conçu dans les années 1970, s'est pour le moins effrité depuis. Le dernier "vrai" recensement de l'Insee de 1999 (les suivants ont été effectués par sondages) a jeté à bas l'édifice intellectuel construit autour de l'idée d'une inéluctable hégémonie idéologique, sociale et politique, d'une classe moyenne "centrophile". En réalité, la population active se compose toujours, pour plus de la moitié, d'ouvriers et maintenant d'employés aux conditions de rémunération, voire de vie, devenues souvent proches.
Non seulement l'électorat populaire n'a donc pas disparu, mais les classes moyennes, au lieu de s'en détacher, semblent s'en être rapprochées. Cette fois, ce sont deux élections, le séisme du 21 avril 2002 puis le référendum européen de 2005, qui ont servi de révélateurs en montrant que le malaise des couches populaires gagnait peu à peu les classes moyennes. Pour les premières comme pour les secondes, la panne persistante de "l'ascenseur social" a réduit à néant un modèle républicain qui nourrissait l'espoir d'une génération à l'autre. Et les classes moyennes viennent maintenant grossir le cortège des populations chassées très loin des centres-villes par la hausse des prix de l'immobilier. Enfin, l'obsolescence, face à un capitalisme de plus en plus cynique, du modèle du cadre attaché corps et âme à son entreprise a ancré l'idée d'une coupure entre une super-élite financière et le reste du monde du travail.
Dans ce contexte, l'élection présidentielle a confirmé une leçon du 21 avril 2002 : sans soutien de l'électorat populaire, il est difficile aujourd'hui de remporter une élection majeure. Nicolas Sarkozy l'a bien compris. Il a tenu un discours qui lui a permis de s'assurer une part significative de ce vote à la présidentielle, puis la neutralité bienveillante de nombreux électeurs populaires au premier tour des élections législatives, jusqu'à ce que les premières mesures du gouvernement provoquent leur réveil partiel au second tour.
QUÊTE DU GRAAL
A moins que le PS ne renonce à s'appuyer sur ces couches sociales, ce qui serait un paradoxe risqué, son défi principal est donc une nouvelle fois la reconquête de l'électorat populaire, qui fait de plus en plus figure de véritable quête du Graal tant, d'une présidentielle à l'autre, il s'en montre incapable, le vote pour la droite sarkozyste succédant à Jean-Marie Le Pen dans ces catégories. De ce point de vue, les socialistes ne peuvent pas ignorer que M. Sarkozy a réussi son opération de séduction en édulcorant son discours de "rupture" libérale pour y réinjecter l'action protectrice et régulatrice de l'Etat. Au point de prôner, au final, une ligne moins libérale que celle de M. Bayrou.
A l'inverse, les anciens hauts fonctionnaires de gauche regroupés sous le pseudonyme des "Gracques", fer de lance de la promotion du rapprochement avec le centre pour la présidentielle - et dont Jean-Pierre Jouyet était l'un des initiateurs -, adhéraient pour l'essentiel à la démarche économique de ce dernier. Ainsi, entre les deux tours, sous le titre "le moment social-démocrate", les "Gracques" expliquaient (Nouvel Observateur daté 10 au 16 mai) que, pour passer une alliance avec M. Bayrou, il fallait "bâtir un compromis sur le terrain de la politique économique" et que c'était bien "au PS d'accomplir l'essentiel du chemin".
Quel que soit son choix, le PS est condamné à élargir son emprise face à des alliés traditionnels ou plus récents (Verts) dont le poids électoral fond comme neige au soleil. Les socialistes se retrouvent, près de trente ans après - mais dans des conditions plus difficiles puisqu'ils sont sur une pente descendante -, confrontés au même débat que celui qui avait eu lieu entre François Mitterrand et Michel Rocard à la fin des années 1970 : faut-il d'abord "rassembler son camp" pour créer une dynamique puissante et un appel d'air électoral ? Ou vaut-il mieux s'ouvrir de façon volontariste à des familles politiques jusque-là tenues en lisière ?
Au demeurant, focaliser la réflexion sur les alliances pourrait laisser de côté l'essentiel : le PS connaîtra de nouveaux succès non parce qu'il aura fait, ou pas, alliance avec le centre, mais parce qu'il aura convaincu la plus grande partie de l'électorat qu'il est de nouveau capable d'améliorer ses conditions de vie, d'influer sur le cours des choses, de faire bouger le pays, en lui redonnant une espérance. Sinon, il ne sortira pas de la spirale du déclin. Au risque de connaître le même sort que la vieille SFIO morte à la fin des années 1960, victime des compromissions entraînées, sous la IVe République, par... son alliance au centre.
25 mai 2007
Le Français ne sont pas des paresseux
Texte de Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives
Economiques (www.alternatives-economiques.fr)
Il faudrait, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ». Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne. Il considère manifestement que la paresse actuelle des français est la cause principale des difficultés que rencontre le pays. Il s'agit là pourtant d'une contrevérité qui pourrait - devrait - lui coûter l'élection tant le propos est insultant à l'égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de l'économie française ne sont pas, c'est vrai, toujours à la hauteur, mais c'est plutôt du côté des élites économiques dirigeantes qu'il faut en chercher les causes. Et les remèdes.
Rien n'est plus faux en effet que ce préjugé tenace d'une France paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de socialisme militant ou de francophilie excessive, un français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l'année 2005. C'est certes moins que les 81 000 dollars produits par l'employé américain moyen mais significativement plus que les 64 100 dollars d'un Anglais, les 59 100 des Allemands ou encore les 56 300 dollars d'un Japonais... Et même en matière de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d'entreprises, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l'organisme statistique officiel de l'Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l'ex Union à 15. Les Français travaillent presqu'aussi longtemps que les Anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les Danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore que les Allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l'exportation. Sans parler des Néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l'ex Europe à 15, c'est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 heures, qu'on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela l'ambition de Nicolas Sarkozy pour l'économie française ?
Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important chez nous que chez nos voisins, c'est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement censée. Et c'est pour la même raison, qu'en cherchant à allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne ferait qu'aggraver le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu'aujourd'hui afin de les obliger à trouver un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités. En 2003, 10 des pays de l'ex Union à 15 dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu'à 2,7 fois plus par chômeur pour le Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...
Contrairement à ce que sous entend le candidat de l'UMP, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l'Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et s'en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l'heure en 2005 pour un ouvrier de l'industrie contre 24,6 en France selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n'est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l'inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le gigantesque gâchis que l'incurie d'un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d'un Noel Forgeard a provoqué au sein d'Airbus, on se dit en effet que c'est surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l'économie française aurait besoin d'une « rupture ». Mais évidemment il est plus naturel pour l'ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 73 % des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et chômeurs plutôt que de bousculer ses amis patrons...
02 avril 2007
La « TVA sociale » de Sarko et Bayrou : l’injustice comme modèle, les cadeaux aux entreprises pour réalité.
La dernière proposition en date de Sarkozy consiste à mettre en place une « TVA sociale », système visant à transférer une partie des cotisations sociales sur la TVA. Bel exemple de libéralisme pur et dur ! Actuellement le financement de la protection sociale se fait par des cotisations versées par les salariés et par les entreprises – au passage, quand les candidats parlent de baisse de charges à tout va, qu’ils nous expliquent d’abord comment ils comptent financer la sécurité sociale. Sarko, comme Bayrou avant lui, vient lui d’avoir une idée géniale, la faire financer par le consommateur.
Est-il besoin de rappeler que la TVA est l’impôt plus injuste qui existe ? Non seulement il touche tous les revenus, y compris ceux des plus pauvres, mais en plus il est dégressif : moins on a de revenu, plus la part de ce revenu qui va à la consommation est grande, et donc plus on paye d’impôt proportionnellement à son revenu ! Une grande mesure de justice sociale donc… De plus qui peut croire un seul instant sérieusement que les entreprises vont toutes intégrer cette baisse de cotisations pour faire baisser les prix ? Si dans le passé ça avait été le cas ça se saurait ! Au final c’est encore un cadeau que l’on fait aux entreprises, que l’on vise à exonérer de toutes leurs responsabilités : alors même que les réformes du système de protection sociale de la droite, que ce soit pour l’assurance maladie ou pour les retraites, laisse les entreprises libres de tout effort et fait peser tous les financements sur les salariés ou les usagers, cette nouvelle mesure va droit dans le sens d’un abandon pur et simple de tout système de solidarité.
Les socialistes font le choix au contraire de la solidarité et de l'effort partagés, de la responsabilisation des entreprises, d'une baisse de cotisations conditionnées à la création d’emploi et à la non-délocalisation, et prônent un impôt plus juste qui soit réellement redistributif. A l’heure où la crise sociale est de plus en plus vécue par les citoyens comme un horizon indépassable, il n’est pas possible de faire toujours peser tous les efforts de la solidarité nationale sur les plus pauvres. Au rythme de la droite la privatisation du système d’assurance sociale en France ne devrait pas être loin...
03 mars 2007
La suppression des "charges" sociales : une mesure libérale, dangeureuse et inefficace
La mode à droite en ce moment en matière d’emploi, est à l’exonération massive des cotisations sociales : suppression des charges contre la création de deux emplois pour Bayrou, exonération de celles prélevées sur les heures supplémentaires pour Sarkozy.
Rappelons d’abord un élément clé de vocabulaire : le patronat et les salariés ne payent aucune charge, ils versent des cotisations sociales, ce qui est différent. Cette précision lexicale est loin d’être superflue, car elle est lourde de signification quant à la vision de l’économie et de la solidarité nationale qu’elle induit. Parler de cotisations et non de « charges » n’est pas anodin : c’est d’abord utiliser le terme exact, mais c’est également défendre le fait que les cotisations ne peuvent être considérées uniquement comme un coût, car elles contribuent à financer le système de protection sociale (assurance chômage, assurance maladie, retraites, accidents du travail…). Et si le patronat a réussi à imposer le terme de « charges sociales » dans les consciences, les médias, et même quelquefois dans les rangs de la gauche, cela en dit long sur la bataille que nous avons à mener sur le terrain des valeurs, des idées, du sens des mots. Fermons la parenthèse, mais le vocabulaire est important.
Revenons-en à la proposition du moment, celle de François Bayrou, le candidat qui met son clignotant à gauche et tourne systématiquement à droite, proposition visant à supprimer les « charges » sociales pendant 5 ans contre la création de deux emplois. Il est temps de mettre fin à ce qui fait partie des fausses bonnes idées de Bayrou.
- Cette mesure est d’abord économiquement peu efficace comparée à son coût. Depuis 1993, 7 dispositifs différents de baisse des cotisations se sont succédés, avec un effet sur l’emploi discutable. Si les réformes ont été nombreuses, les évaluations ont elles été plus rares, et si elles démontrent une incidence relativement positive sur le nombre d’emplois créés (entre 200 000 et 600 000), ce chiffre est au final peu élevé comparé à d’autres mesures plus efficaces, et est à relativiser au vu des pertes d’emplois liées aux économies de dépenses publiques nécessaires pour financer les exonérations. La Cour des Comptes présidée par Philippe Seguin a ainsi estimé en 2006 que les politiques d’allègements de charges depuis 1993 étaient « très coûteuses, incontrôlées » et manquant « d’évaluation quant à leurs effets sur l’emploi ».
- Comment Bayrou, cet adepte de l’assainissement des finances publiques par la méthode Coué, compte-t-il financer les protections sociales collectives après ces nouvelles exonérations ? Faut-il rappeler que la France est le pays qui dépense déjà le plus au monde en matière d’allègements de cotisations sociales, avec 15 à 20 milliards d’euros par an, et ce le plus souvent sans aucune contrepartie de la part des entreprises, tout cela pour des résultats limités ? Les cotisations sociales, c’est d’abord la contribution à un système de solidarité et d’assurance pour le salarié : baisser les cotisations sans répondre réellement à la question du financement de l’assurance chômage, maladie, vieillesse (lorsque l’on sait que las exonérations ne sont pas intégralement compensées par l’Etat) est tout simplement irresponsable envers les salariés et les générations futures, et révélateur d’une vision libérale de l’économie visant à détricoter point par point les protections collectives dont bénéficient les travailleurs au profit de l’épargne individuelle et du chacun pour soi.
- Supprimer les cotisations pendant 5 ans, c’est créer des effets d’aubaine et favoriser le turn-over au sein de l’entreprise : un employeur a en effet tout intérêt à tirer le profit maximal de ces allègements de charge, en ne gardant ses salariés que 5 ans pour bénéficier de ces exonérations. On peut déjà remarquer aujourd’hui les effets pervers des exonérations sur les bas revenus, quand les entreprises freinent des quatre fers pour limiter le plus possible une augmentation des salaires qui signifierait un accroissement des cotisations.
- Enfin, c’est mal connaître les raisons qui poussent une entreprise à embaucher. Il ne suffit pas de diminuer le coût du travail pour qu’une entreprise trouve subitement nécessaire d’employer un salarié dont elle n’avait pas besoin la veille.
Passons sur la proposition de Sarkozy qui va dans le même sens, mais qui concernerait les heures supplémentaires, conformément à son credo « travailler plus pour gagner plus ». Outre le fait que le monde du travail n’est pas celui des bisounours, et qu’il ne suffit pas de lever le doigt et de demander gentiment à son patron pour obtenir une durée de travail à la carte suivant ses difficultés à arrondir ses fins de mois ou non, baisser le coût des heures supplémentaires revient à sacrifier les chômeurs exclus du marché de l’emploi sur l’autel de l’augmentation de la durée du travail. A ce rythme, les heures supplémentaires avec Sarkozy coûteront moins cher que les heures légales ! On imagine les dégâts en matière d’emploi, et les pressions exercées sur les salariés pour les inciter à « accepter » de travailler plus, pour au final gagner moins tant que l’on ne saura pas qui financera dans le futur leur protection sociale.
Car derrière cette question du financement se pose celle de la « TVA sociale », dont Bayrou juge l’idée « intéressante » (en estimant que sa proposition constitue « un pas en attendant ») et Sarkozy estime la mise en place souhaitable. Cela consisterait à augmenter la TVA et à affecter une partie du produit au financement de la protection sociale : autant dire que cela renforcera le caractère déjà profondément injuste de la TVA, et conduira à un transfert vers les ménages des impôts et cotisations versés par les entreprises.
Les socialistes ont une autre vision du marché du travail et des politiques d’emploi à mettre en œuvre. Les aides publiques et les exonérations de cotisations sociales doivent être limitées et comporter des contreparties, notamment en terme d’embauches et de nature des contrats de travail. A quoi servent les allègements de cotisations si les entreprises ne s’engagent pas à embaucher, ou si les emplois créés ne sont que des emplois précaires ? Il ne s’agit pas de faire des exonérations pour faire des exonérations.
L’amélioration de la situation de l’emploi ne pourra également se faire sans une relance du pouvoir d’achat : revalorisation du SMIC, des bas salaires, des retraites, lutte contre le logement cher sont les préalables à toute politique économique juste et efficace., contrairement à ce que veut nous faire croire la droite avec ses solutions simplistes.
Cette mesure phare de « baisse des charges » commune à Bayrou et Sarko suffit à montrer le camp dans lequel ils se situent tous les deux : celui de l’individualisation inégalitaire des prestations sociales faute de financement, celui des cadeaux aux entreprises qui ont démontré leurs limites, celui de la dévalorisation du travail et de la réduction des droits des salariés, car travailler et verser des cotisations sociales c’est aussi et surtout contribuer à la solidarité nationale, à sa propre sécurité et à celle des générations futures.