26 juin 2007
Pendant ce temps là...
Pendant le dernier CN, il n'y a pas eu que des réglements de comptes. Je laisse ci-dessous l'intervention de Liem Hoang Ngoc, économiste et membre du NPS : puisque tout le monde se fout de ce genre d'interv, que ce soient l'absente de marque au CN ou certains autres présents qui étaient plus dans le registre de l'invective anti-ségo ou anti-anti-ségo que de la construction, je pense qu'il est utile de mettre au débat ce genre de prises de position. Parce que le meilleur moyen de respecter les militants, loin des querelles de personnes qui animent le PS en ce moment, est de construire par des propositions de fond le visage du socialisme de demain.
Edit: L'intégralité des interventions du CN viennent d'être mise en ligne sur le site du PS. Après en avoir parcouru quelques unes, pas de surprises, je me trouve plutôt en accord avec celles que j'apprécie habituellement (oui on pouvait s'en douter dans le tas il y a celle de Benoit Hamon, mais c'est pas parce que c'est Benoit, c'est juste qu'objectivement c'est sans doute une des interv les plus pertinentes de ce CN).
Intervention de Liem Hoang Ngoc, Conseil National du 23 juin 2007
"Les meilleurs d’entre nous l’ont dit. Il faudra refonder notre parti. Je laisse aux réparateurs de logiciels le soin de réformer l’économie virtuelle. C’est dans l’économie réelle que se mène la bataille contre la droite et les intérêts qu’elle représente. Dans le monde réel, c’est d’une boussole, dont tous ceux qui sont désorientés ont besoin. Voici quelques-unes des pistes qu’elle pourrait indiquer.
Tout d’abord, il n’est pas nécessaire de réconcilier les travailleurs avec l’entreprise. Ce sont les entreprises qu’il faut réconcilier avec les Français ! Je veux évidemment parler des entreprises qui réalisent du profit en délocalisant ! Des entreprises qui réalisent du profit sans investir, surtout pas dans les secteurs innovants, jugés insuffisamment rentables ! Des entreprises qui réalisent du profit au bénéfice des nouveaux rentiers !
Réconcilier l’entreprise avec ses travailleurs signifie que les travailleurs français, qui sont parmi les plus productifs au monde, voient leurs efforts récompensés par des hausses de salaires et une réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur travail ! Cela commence par l’augmentation des bas salaires !
Lorsque les entreprises ne dépensent pas pour investir dans l’économie (et c’est le cas !), il est sain que l’Etat le fasse, faute de quoi nous plongerions plus encore dans le marasme économique et social ! Il n’y a à cet égard pas de problème de dette ! La dette ne pèse aucunement sur les générations futures ! Elle est financée à bas taux d’intérêt par l’abondante épargne des classes aisées qui raffolent des obligations d’Etat ! Il y a par contre un problème de gaspillage de la dette ! La droite a choisi de gâcher les marges de manœuvre budgétaires existantes dans d’inutiles cadeaux fiscaux dont les faces cachées s’appellent : franchise médicale, TVA anti-sociale, réduction de la moitié des effectifs des services publics sous couvert de réforme de l’Etat et autonomie des universités !
Au contraire, la gauche doit stimuler l’investissement public en matière d’innovation, développer les services publics, s’opposer à une nouvelle loi Devaquet et proposer une réforme fiscale progressiste !
On le sait, les dépenses sociales sont amenées à croître, malgré la maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Ce n’est pas un mal dans une économie en progrès ! La droite entend en privatiser le financement ! La gauche doit proposer son impôt citoyen progressif sur le revenu, fusionnant la CSG et l’impôt sur le revenu ! Elle doit revendiquer la création d’une nouvelle CSG entreprise assise sur la vraie valeur ajoutée, un impôt qui taxe les profits oisifs pour financer la sécurité sociale ! Tout cela n’a rien à voir avec le choix de la TVA, l’impôt le plus injuste, qui pèse sur la consommation ! Trop longtemps, au cours de cette campagne, nous avons esquivé le débat fiscal avec la droite ! La TVA sociale a déjà été expérimentée. C’était en 1995 sous Alain Juppé (les bordelais s’en sont souvenus), lorsque le taux de TVA fut relevé de deux points alors que la baisse du coût du travail montait en puissance dans le plan quinquennal pour l’emploi. La vie chère a poursuivi son chemin alors que la « baisse des charges » n’a pas créé plus de 200 000 emplois ! Les déficits, quant à eux se creusèrent inutilement.
La droite propose de lutter contre l’assistanat pour mieux détruire notre système de protection sociale ! Vieille ficelle ! Ce n’est pas de l’assistanat dont la gauche doit s’occuper ! La gauche ne doit pas lutter contre les chômeurs ! Elle doit lutter contre le chômage dont sont victimes les travailleurs licenciés et les jeunes sans perspectives de recrutement ! Elle doit se méfier d’une autre mode arborrée par la droite et qui porte une marque de fabrique danoise ! Attention aux modes ! Le modèle danois est bien moins récent que le modèle français. Il date de 1899. Il prévoit la liberté totale de licencier et inclut désormais une TVA sociale ! Ce que certains appellent la flexi-sécurité n’est pas un compromis gagnant-gagnant, mais risque d’être une compromission perdante-perdante. Perdante pour le CDI, remplacé par un contrat unique avec période d’essai à rallonge, comme le CNE, le CPE ou le contrat Première Chance ! Perdante pour les chômeurs, suspectés de refuser de se former et d’accepter les emplois précaires du marché ! Enfin, la gauche doit relancer le débat européen. Elle doit rejeter le mini traité qui est le meilleur moyen d’asseoir à l’insu des peuples un super-marché ! Un super-marché sans harmonisation fiscale ! Sans budget communautaire conséquent ! Sans contrôle démocratique de la Banque centrale ! Sans tarif extérieur commun !
Chers camarades,
La boussole socialiste a parfois indiqué d’étranges directions. Celles qui ont conduit sans complexe Eric Besson, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet et Jean-Marie Bockel là où ils sont. Il faut maintenant réparer notre boussole, cet instrument indispensable dans un désert idéologique. Prenons pour cela le temps nécessaire".
21 juin 2007
Deux désastres ou une refondation
Le prochain conseil national du PS a lieu samedi prochain. Déjà, les uns et les autres ont commencé à fourbir leurs armes, et devant les emballements un minimum de modération est je crois nécessaire.
Face à ceux qui veulent la peau du premier secrétaire ici et maintenant et mettre en place une direction collégiale le plus rapidement possible, je ne peux que m’étonner. D’abord parce ceux-là même qui incriminent aujourd’hui l’immobilisme d’hier (Valls, Gorce etc…) sont ceux qui se sont bien gardés d’engager un processus de rénovation du PS tant qu’il était encore temps en 2002. Facile de hurler avec les loups, camarades. Ensuite parce que derrière cette question de la direction du PS il faudrait être aveugle pour ne pas voir une volonté de poser rapidement la question du leadership, et donc l’intention d’installer Ségolène Royal le plus rapidement à la tête du PS : arrêtons deux secondes l’hypocrisie qui consiste à critiquer la direction pour mieux placer sa candidate préférée, tout en clamant haut et fort que c’est pour le bien de la refondation. Ceci dit je comprends très bien que les partisans de Royal fassent entendre leur voix, simplement on ne peut en aucun cas à mon sens poser la question du leader avant celle des idées, et c’est ce qui est en train de se passer.
Le premier désastre est donc en train de surgir en ce moment : car ce n’est pas en allant le plus vite possible et en virant le plus tôt possible les gens qu’on n’aime pas qu’on pourra avancer sereinement. La refondation ne pourra se faire en 3 mois, et ceux qui proposent d’organiser un congrès dès l’automne prochain font preuve d’une irresponsabilité étonnante. Car quel est l’enjeu des premiers mois à venir ? Dans un premier temps nous poser, analyser, réfléchir, d’abord sur les raisons de notre défaite (et il faudra aller plus loin que le « y en a qu’étaient pas gentils »), ensuite sur notre ligne politique et idéologique. Qui peut croire un seul instant qu’avec un calendrier précipité et un congrès avancé qui verra une lutte de chefs avoir lieu, on pourra avoir ce débat qui nécessite de prendre du recul et de la distance par rapport aux querelles de personnes ?
J’en viens maintenant au second désastre, qui je pense a beaucoup moins de chances de se produire, mais qui est directement lié au premier. Ce serait que rien ne bouge, rien ne change. Comme en 2002. Comme souvent au parti socialiste d’ailleurs, malgré la bonne volonté de quelques uns qui ont depuis 5 ans tenté d’apporter des idées nouvelles. J’ai beaucoup de mal cependant à croire à ce scénario, pour deux raisons : d’abord parce que la rénovation et la refondation, contrairement à 2002 où elle était portée par le quasi-seul NPS dont je faisais partie, fait aujourd’hui consensus. Ensuite, et c’est la raison déterminante, c’est tout simplement parce que Ségolène Royal a décidé de déposer une motion au prochain congrès. Donc forcément, ça va changer, quoi qu’on en dise. C’est d’ailleurs ce qui me renforce dans l’idée que ceux qui veulent avancer très vite ne le souhaitent pas par souci d’être sûr de voir bouger les choses, mais bel et bien par stratégie pure. Car la situation n’est en rien comparable à celle de 2002, où tout le monde à la direction du PS avait intérêt à ce que rien ne change, alors que là c’est exactement l’inverse. Alors oui, au final je trouve… écoeurant, c’est le mot, de voir que certains veulent nous voir prendre le risque de nous précipiter, en disant « faut pas faire comme depuis 2002 » (ce qui par contre est vrai), alors que ce sont ceux-là mêmes qui n’ont rien fait par le passé pour faire bouger les choses. On a 5 ans de réflexion de retard, camarades, et ce n’est pas en voulant régler la question à la fois des idées et du leadership en 6 mois qu’on va y gagner quelque chose !
Ce sont ces deux écueils qu’il faut éviter. Nous avons je trouve une formidable capacité, une fois que nous nous sommes plantés, à réagir en adoptant une attitude à l’extrême opposé qui nous amènera à nous planter aussi. Pour mener le processus de refondation de la gauche, toutes les énergies seront nécessaires, y compris celles qui ne se sont pas développées dans le passé par opportunisme. Et la direction actuelle du PS représente, qu’on le veuille ou non, un cadre pour organiser les débats nécessaires. Pourquoi vouloir virer tout le monde et mettre en place une organisation collégiale ? Quel intérêt ? Alors que l’on sait très bien que si l’on change de direction ce sont les appétits personnels qui vont s’aiguiser plus que le débat d’idées ? Et avec qui cette direction collégiale ? On nous dit qu’il ne faut plus de proportionnelle au sein de la direction du PS, mais en même temps on ne nous dit rien sur ce que devrait être cette nouvelle direction : on fait comment, on tire au sort, on prend les potes à Ségo, on fait un casting, on prend que les gens de NPS et RM (vu qu'on nous dit qu'on peut pas continuer avec ceux qui sont restés immobiles) ? C’est une vaste blague cette histoire de direction collégiale, surtout quand personne n’est capable d’expliquer sur quelle base on la met en place !
Bref, tout ça pour dire que le voie de la refondation ne pourra s’emprunter qu’en naviguant sûrement mais sans précipitation, en maintenant notre cap avec détermination, sans s’arrêter en chemin, et en laissant derrière nous ceux qui voudraient le statu quo. Et sans nommer avec une certaine facilité les boucs émissaires sans avoir fait chacun notre auto-critique. Je crains, au regard de ce qui se passe à l’heure actuelle, que ceux-là mêmes qui prônent la fin des écuries n’en fassent eux-même partie, les attitudes du moment le prouvent. Et les prises de position des uns et des autres sont malheureusement plus souvent le fait de postures pro-candidat(e) que le fruit d’une soif de réflexion idéologique profonde. Gageons que nous saurons dépasser ces luttes vaines et créer ensemble les conditions d’un renouveau durable de la gauche, au delà même des personnes qui seront amenées à la représenter dans les prochaines années.
04 juin 2007
DSK ou le socialisme de résignation
Le monde évolue, les mentalités changent, et la gauche est aujourd’hui capable d’intégrer pleinement, sans complexe, le discours de la droite. Je lis ainsi que DSK a regretté samedi que la gauche soit "décalée par rapport à la réalité", en critiquant la proposition de hausse du Smic à 1.500 euros, la considérant "loin des préoccupations des Français". Et ceci en rapportant les propos d’un ouvrier : "Si le Smic passe à 1.500 euros, le patron va délocaliser, mais moi, ce que je veux surtout, c'est garder mon boulot". DSK en a donc conclu qu’il lui « donnait une leçon de réalisme, parce que le bien le plus précieux pour lui, c'était l'existence même de son emploi ».
Quelques petites mises au point :
1 ) Oui, le chantage à la délocalisation, ça existe. Oui, la droite et le patronat, de tout temps (rappelons-nous le XIXème siècle, le Front Populaire et les congés payés, les 35 heures, etc…), a toujours mis en cause le poids des salaires, l’insuffisance du nombre d’heures travaillées pour expliquer leurs réticences à rémunérer le travail à sa juste valeur. Oui, les salariés sont en train d’intégrer cette idéologie qu’on leur rabâche à longueur de journée. On ne peut pas être « réaliste », comme DSK le dit si bien, et considérer que les cas de délocalisations sont inéluctables et dues simplement à une augmentation du salaire minimum, sans voir derrière tout cela une part de chantage, de pression et de « bon sens paysan ». Cette question des délocalisations (qui ne se résume certes pas non plus à une histoire de chantage, j’en conviens), est trop complexe pour se laisser aller à des argumentations simplistes qui font le jeu de la droite.
2) Non, le coût du travail n’est pas plus élevé en France que chez nos voisins européens. L’étude du BLS (Bureau of Labor Statistics américain, loin d’être un nid de gauchistes), publiée en 2006 (www.bls.gov), est formelle : le coût du travail ouvrier est globalement resté le même en France qu’aux Etats-Unis entre 1994 et 2004, et seules l’Italie et l’Espagne parmi les pays européens ont un coût du travail moins élevé ! Le coût d’un travailleur allemand est même encore 40 % supérieur à celui d’un français. Ca c’est pour les idées reçues bien inculquées aux Français, que DSK reprend fidèlement, oubliant bien vite sa rengaine sur le « réalisme ». Deuxième chose d’ailleurs : le problème des délocalisations, notamment lorsque l’on parle de la Chine, ne se situe pas réellement dans la question des salaires ou du coût du travail : car si on veut faire concurrence à la Chine dans ce domaine c’est par 3 ou 4 qu’il faudra diviser les salaires : on voit bien que c’est ailleurs qu’il faudra chercher des réponses, mais je n’ai pas donner des leçons de modernité à notre cher Dominique…
3) La question des délocalisations est effectivement importante et mérite d’être traitée avec le plus grand sérieux (et pas en balançant des arguments du style « ben on ne peut pas augmenter les salaires). Mais c’est justement à nous, socialistes, de trouver des solutions pour agir sur les deux fronts : celui de l’emploi et celui des salaires. C’est justement parce qu’ils ne trouvent pas de réponses à ces deux problèmes que les salariés les plus pauvres cèdent aux argumentations d’une droite qui leur répète que leurs salaires ne peuvent être augmentés sans quoi il perdront leur emploi. C’est à nous de réagir face à cela et de ne pas se contenter de s’« adapter à la réalité » en renonçant à la changer. Alors oui, il faudra, comme l’ont proposé les socialistes pendant la campagne, demander aux entreprises de rembourser les aides de l’Etat perçues en cas de délocalisation, et on verra déjà que, au vu du montant versé, certaines entreprises y regarderont à deux fois. Il n’est pas normal que l’on s’indigne des délocalisations sans mettre en parallèle la question de l’argent public dont ont bénéficié ces entreprises avant de laisser plusieurs dizaines ou centaines de salariés sur le carreau. Oui, il faudra également lancer un débat sur la scène européenne, et notamment au sein du PSE le jour où il y aura de vrais débats au sein de cette instance, sur la nécessité d’un tarif extérieur commun. En effet, est-il acceptable que des critères environnementaux soient fixés pour l’entrée en Europe de certains produits et qu’il n’y ait aucun critère à dimension sociale ? Serait-il anormal que les produits ne respectant pas certains critères sociaux, en matière de travail des enfants, de rémunération décente des salariés, de droits syndicaux, soient davantage taxés ? Cette question est au cœur de la problématique des délocalisations, et il paraît qu’il faut « lever les tabous ». Mais bizarrement il en est dont la gauche n’aime pas discuter… Dès lors que l’on creuse la question, les réponses apparaissent complexes, et pour une large part sans doute encore à inventer. Mais je ne fais pas partie d’une gauche qui baisse les bras, qui se résigne et qui se range aux arguments de la droite avant même d’avoir exploré les différentes pistes de solutions possibles.
4) DSK reprochait également il n’y a pas longtemps à la gauche de trop réduire la question des inégalités au rapport capital/travail. Certes elle ne se réduit à cela, il a en partie raison. Mais justement avec le problème qu’il aborde on est en plein dedans ! Le rapport entre le capital et le travail n’a cessé de se dégrader depuis 30 ans, et ce alors même que les dividendes distribués aux actionnaires se sont démultipliés. La conjoncture économique étant ce qu’elle est depuis plusieurs années, hormis durant la période Jospin, la rémunération du capital a toujours été favorisée au détriment de celle du travail, sous prétexte de relance et de compétitivité économique. Et si on fait le bilan de cette politique, celui-ci est bien maigre, peut-être qu’il y aurait lieu de s’interroger là-dessus. Par ailleurs quelle analyse DSK fait-il du nouveau capitalisme financier qui s’est mis en place, où la rémunération de l’actionnaire avec des taux à deux chiffres prime sur l’investissement et les salaires ? Comment rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée pour que celle-ci serve à investir et à créer des emplois, et ne parte pas en fumée dans les dividendes distribués généreusement ? Nous avons déjà des pistes de réponses, que ce soit en terme de place accordée aux PME, en terme de modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction d’investissements réalisés ou non, en terme pourquoi pas de développement de l’économie sociale et solidaire, en matière de négociation salariale, et ce sont en tous cas des réponses qu’il faudra approfondir. Car la question qui se pose à nous, socialistes, est la suivante : comment concilier augmentation nécessaire des salaires (2 millions de travailleurs pauvres actuellement, ça ne te dis rien Dominique ?), et créations d’emplois. Alors si le socialisme du réel consiste à dire qu’on ne peut pas augmenter les salaires, sinon les entreprises délocalisent, et à considérer que la question de l’augmentation du Smic et des salaires est « loin des préoccupations des français » ( ??!!) on ne va pas aller bien loin.
5) DSK nous rapporte les propos de cet ouvrier sur le risque que son entreprise délocalise. Très intéressant. Car après tout, quel contrôle a celui-ci sur les dires de son entreprise ? Quelle place ont les salariés dans le conseil d’administration des entreprises ? Aucune ou très peu. Alors comment les salariés peuvent-ils faire face aux affirmations de leur employeur sans avoir l’ensemble des éléments de la situation de l’entreprise et sans avoir les moyens de participer aux choix et aux stratégies mises en œuvre ? Plus que la question du nécessaire dialogue social, celle de la place des salariés dans les instances de direction des entreprises est primordiale, sans quoi tous les discours démagogiques sur le soi-disant « indispensable gel des salaires » continueront à prospérer.
Pour conclure, on peut toujours critiquer la grille de lecture marxiste, il n’empêche que le rôle de « l’armée de réserve » constituée par les chômeurs dans le freinage des salaires joue son plein, il faut le reconnaître (« le bien le plus précieux, c’est son emploi », constate DSK). La crainte du chômage amène à la fois les salariés à accepter des salaires de plus en plus bas sans rechigner, mais également la gauche à proposer des solutions simplistes en reprenant le discours de la droite au lieu de rechercher (encore et toujours, parce qu’il ne s’agit pas de se résoudre à accepter une réalité qui ne nous convient pas), les voies d’un nouveau développement économique.
Je parle dans le titre de ce message de « socialisme de résignation ». Le terme est fort, mais je le maintiens. Car lorsque l’on place les contraintes avant de définir les objectifs ; lorsque le rôle de la gauche semble consister à négocier les termes du renoncement sous couvert d’un réalisme de bon aloi ; lorsque l’on parle d’efficacité avant même d’aborder la question des finalités de notre action ; lorsque le « socialisme du réel » semble se borner à s’adapter à la réalité et à réguler une société et des règles économiques qu’il faudrait au contraire chercher à transformer, car l’épanouissement du socialisme et de nos valeurs ne pourra voir le jour avec les règles du jeu actuelles ; lorsque l’on tient se discours, Dominique, c’est le socialisme de résignation que l’on construit. Car que lui as-tu dis à ce salarié qui attendait des réponses ? Que la gauche n’avait rien d’autre à lui proposer que d’être réaliste et de renoncer à l’augmentation du SMIC ? C’est cela que nous avons à proposer aux salariés qui sont devenus les pions interchangeables d’un jeu économique qu’ils ne maîtrisent et ne comprennent plus ? C’est cela l’horizon que nous avons à offrir à ceux qui souffrent de la logique libérale plus que jamais à l’œuvre, l’horizon de l’acceptation de la réalité économique actuelle sans espoir de la changer en profondeur ?
Certes nous n’avons sans doute pas toutes les réponses en matière de pouvoir d’achat et d’emploi. Nous avons cependant des objectifs qu’il ne s’agit pas d’oublier : celui de trouver les moyens de ne jamais sacrifier le premier au détriment du second, celui d’inventer de nouvelles propositions pour une économie plus juste et plus efficace, celui de ne pas renoncer à construire une alternative crédible, concrète mais également globale au système économique tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Plus que jamais, nous avons le devoir d’inventer. Plus que jamais, nous avons le devoir de nous battre contre les idées reçues et réaffirmer qu’il est possible de concilier progrès social et efficacité économique. Plus que jamais, notre rôle sera de proposer un modèle global de développement différent de l’horizon libéral que l’on tente de nous imposer. Sans renoncement, sans résignation, mais avec lucidité et imagination.
21 mai 2007
Pas facile la rénofondation
Difficile de sortir des vieux clivages. Les débats tournent beaucoup au sein du PS en ce moment autour de la nécessité de ne pas céder à la tentation du "plus à gauche que moi tu meurs" et de la social-démocratie à tout va. Ok jusque là pas de problème, je suis d'accord. Mais j'avoue avoir un peu de mal à comprendre également les arguments de certains qui s'opposent à cette vision manichéenne des choses. J'ai lu en effet des propos (sur le blog de Rénover Maintenant, mais la source a peu d'importance, ces arguments sont repris un peu partout, d'autant plus que je n'ai aucune animosité particulière envers les camarades de RM), nous disant : "En réalité, le Parti est profondément divisé entre les " sociaux démocrates" et les tenants d'une gauche pure et dure ( dans les discours tout au moins ), favorables à un concept d'union de la gauche avec des partis qui ne représentent plus un électorat suffisant pour être crédibles. La nostalgie des vieux mitterrandiens n'étant pas productive, il convient de refonder ce parti même au prix ( si on ne peut l'éviter) d'une scission génératrice d'espoir pour une gauche recomposée dans son ensemble. Orienter une mutation vers une parti nommé " Désir d'avenir socialiste " recherchant une 3ème voie entre une gauche idéologique et le " blairisme " qui au fond n'est qu'un sarkozisme mou. Constatant que notre "gauche idéologique" est incapable de tenir ses engagements quand elle est au pouvoir, confrontée aux réalités économiques, il faut en tirer des conclusions".
D'abord, je ne parviens pas à comprendre qu'on puisse prôner de "refonder le parti même au prix d'une scission", surtout quand on voit l'état dans lequel est la gauche aujourd'hui. Nous n'avons pas besoin d'une division de plus, bien au contraire, et je trouve cela inquiétant quant à nos capacités de rassemblement, quand la scission est posée d'ores et déjà comme une possibilité acceptable (certes en dernier recours, mais quand meme), d'autant plus que cela ne vise principalement que Fabius, qui je pense (et je l'espère) ne tardera plus à ne représenter que lui-même et quelques fidèles inféodés. Que l'on refuse l'union de la gauche telle qu'elle était conçue du temps de Mitterrand, je suis à 100 % d'accord. Je ne pense pas qu'il faille parler d'"union", mais de refondation de la gauche. Qu'est ce que l'union de la gauche version années 80-90 ? On s'alllie de temps en temps, on négocie des places et le reste du temps on se tape dessus. Il n'est plus possible de fonctionner comme cela. Parce que nous devons construire une gauche forte, le rassemblement au sein d'un même parti de la gauche de gouvernement est un préalable nécessaire (mais non suffisant). Et ce n'est pas parce que les verts et les communistes ont fait respectivement 1,5 et 2% qu'ils en perdent pour autant leur capacité d'existence et de nuisance, bien au contraire. Car avec des scores tels que celui-là, si nous n'allons pas vers eux, la tentation va être grande de se distancier d'un parti socialiste vers qui le vote utile a joué à plein et de jouer les éternels trublions. A nous de tendre la main, de discuter avec nos partenaires naturels (car il n'y en a pas d'autres, qu'on le veuille ou non), qui partagent avec nous un grand nombre de valeurs, et ce n'est que comme ça que l'on pourra reconstruire, ou plutôt construire, une grande gauche qui ne passe pas son temps à construire un score électoral sur le dos de ses autres partenaires.
Alors certes le rassemblement de toute la gauche de gouvernement ne suffira pas, tant le poids de nos alliés s'est amenuisé. Mais c'est un préalable absolument indispensable si nous ne voulons pas revivre les éternels déchirements électoraux, les interminables négociations et discussions qui accompagnent les accords, aboutis ou non. Il nous appartient au contraire de tenter de construire une dynamique à gauche, qui ne pourra se lancer avec le rejet de nos partenaires qui n'auront d'autre choix ensuite que de se radicaliser. Et nous n'aurons rien à gagner à partir à l'aventure en solitaire, au prix dramatiquement élevé d'une scission. Non, le rassemblement de la gauche n'est pas une nostalgie, c'est une nécessité, mais une nécessité qui j'en conviens ne suffira malheureusement pas. Mais je trouve en tous cas hallucinant que ceux qui prônent à juste titre une rénovation et une refondation de la gauche nous disent également qu'une scission est quelque chose de possible, parce qu'à ce rythme là nous allons droit dans le mur. Voilà pour le premier point.
Deuxième remarque, concernant le passage sur la gauche idéologique. Sur le nouveau parti nommé "Désir d'avenir socialiste", j'ai rien compris, j'espère que ce n'est pas sérieux, franchement ça veut rien dire. Sur la "gauche idéologique" incapable de tenir ses engagements, j'ai du mal aussi à saisir. De quoi parle-t-on ? Les engagements ayant été tenus en 97, il me semble aussi globalement en 88, je crois comprendre qu'on revient en 1981, quand effectivement certains prônaient quelques mois avant la fin du capitalisme en 100 jours. Mais ça date de quand tout ça ? En gros on nous dit qu'il faut arrêter de prendre les références dans le passé, tout en se référant à une période datant d'il y a 25 ans, seul moment dans l'histoire où cette remarque prend un sens. Ca veut dire quoi la "gauche idéologique", à part un concept mou qui, s'il n'est rattaché à aucun exemple précis, n'a pour but que de dénoncer dans le vide et d'énoncer des vérités creuses destinées à clore rapidement un débat. Et putain (oui je suis un peu énervé) c'est exactement le genre de remarques qu'on nous balançait à la gueule quand nous tentions depuis 2002 d'apporter de nouvelles réponses à l'évolution du capitalisme actuel, à la montée des inégalités, à la crise sociale et démocratique, et à l'immobilisme du PS : "vous êtes archaïques, dogmatiques" etc... sans même avoir lu une seule de nos propositions. Finalement c'est peut être ça la gauche idéologique : considérer qu'une proposition est archaïque dès lors qu'elle est un peu ambitieuse, sans même chercher à démontrer en quoi elle n'est pas réalisable. Franchement si la rénovation de la gauche c'est ce genre de bon sens paysan, très peu pour moi.
Et puisque l'article parle ensuite de ne pas "nier les réalités économiques que nous devons regarder en face pour en réguler les effets", encore une phrase qu'on entend souvent, je dirai simplement que personne aujourd'hui au PS ne nie les réalités économiques (ou alors encore une fois il faut me le démontrer, personne ne propose de renationalisations massives, de socialisation des moyens de production, d'abolition de capitalisme et de l'économie de marché), simplement tous n'apportent pas les mêmes réponses. Et quand on parle de "réguler les effets" de la réalité économique, c'est qu'on s'avoue impuissant à changer celles-ci. C'est malheureusement la première marche du renoncement. Etre réalistes, c'est se dire qu'effectivement le monde a changé, que oui nos réponses doivent être différentes, mais que, justement, parce que le capitalisme n'est plus le même qu'il y a 20 ans, nos réponses se devront d'être encore plus ambitieuses pour faire face aux dégâts qu'il provoque. Etre réalistes, c'est être conscients que nos idées et nos valeurs ne pourront s'épanouir avec les réalités économiques actuelles et qu'une simple régulation ne suffira pas. Etre réalistes, c'est dire et assumer que notre ambition n'est pas d'avoir seulement un programme pour les 5 ou 10 prochaines années, même s'il en faudra un, mais que notre horizon est bien plus large, car remédier aux dégats du libéralisme, dans les faits et dans les consciences, ne se fera ni en 100 jours ni en 5 ans.
La refondation de la gauche risque finalement de consister en des phrases toutes faites auxquelles n'échappent pas ceux qui les dénoncent (et comme ça m'arrive aussi je m'inclus dans le lot :-). Et quand on parle en plus de leader naturel à tout bout de champ, sans poser au préalable réellement la question du débat collectif que nous devrons avoir quant aux causes de notre défaite, ça a le don de m'énerver encore plus. Et tiens, je le dis ici, je n'ai absolument aucun a priori négatif sur le fait que Ségolène Royal soit la candidate des socialistes en 2012 (je dirais même plus, comme j'ai tendance à penser que le choix se fera entre Royal et DSK, le mien sera rapide). Mais ce n'est ni le moment ni la bonne démarche à adopter. Pour moi la question du leadership ne peut en aucun cas être posée avant d'avoir analysé les raisons de notre échec et tracé des perspectives d'avenir pour la gauche. Je crois à la discussion collective qui trouve son aboutissement dans la désignation d'un candidat (qui devra se faire il est vrai bien plus tôt que la précédente), et non l'inverse.
Au final je suis un peu déçu par ce que j'ai pu lire. Parce que je croyais - et allez, je continue à le croire un peu - qu'entre Fabius et DSK il y avait de l'espace pour construire quelque chose de fort, de nouveau, qui aborde les débats sans idées préconçues et simplistes du type "faut s'adapter aux réalités économiques, faut faire notre mue à l'image des autres partis européens, tout ça", sans être non plus un fan club de Ségolène Royal, pour ne pas la citer. Car quand dès qu'il y a un semblant de début d'analyse on tombe au bout de deux paragraphes sur "DSK bla bla bla le plus à même, le meilleur bla bla" ou "Ségolène Royal, bla bla légitimité bla bla leader naturel", on sent bien qu'au delà de la volonté affichée par les uns et les autres de lancer un débat collectif et une refondation de la gauche, c'est bien une course infernale qui est lancée entre ces deux-là. J'ai de plus en plus l'impression que le débat d'idées risque s'être sacrifié sur l'autel des écuries, et l'écurie Royal n'a peut être pas grand chose à envier aux autres, si ce n'est que c'est elle - et il faut le reconnaître - qui a eu le mérite de faire bouger les choses en interne du PS sur le plan du renouvellement politique. Bref je suis un peu désabusé... mais ça passera, j'espère.
09 mai 2007
Tous au centre ?
Ce qui était jusqu’à dimanche une éventualité probable tant redoutée est malheureusement arrivé, par un verdict clair des électeurs : Nicolas Sarkozy est élu Président de la République pour 5 ans. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir mené une campagne dynamique, qui a mobilisé toutes les énergies mais aussi tous les espoirs, une campagne qui a rencontré un écho populaire important, l’affluence aux meetings de Ségolène Royal étant là pour le prouver. Mais force est de constater que, face à une droite ayant gouverné pendant 5 ans de manière désastreuse et que l’on croyait enterrée en 2004, après le CPE qui a rassemblé contre lui des millions de jeunes, la défaite de la gauche n’en est que plus amère.
Si les socialistes doivent maintenant se rassembler pour les législatives de juin prochain, des enseignements devront être tirés de ce scrutin. Mais cela devra être fait dans le calme et avec discernement, pas comme certains responsables nationaux (les mêmes qu’en 2002 et en 95) qui se sont précipités 10 minutes après la défaite connue pour expliquer que tout était de la faute du PS depuis 5 ans, qu’on est vraiment nuls, etc… (cette remarque vise à la fois quelqu’un qui s’est déclaré « disponible » avec une indécence rare, mais aussi un autre ayant déclaré le drapeau socialiste « à terre », les intéressés se reconnaîtront sans peine).
Néanmoins, si la prudence est de mise lorsqu’il s’agit de tirer les leçons de l’échec du 6 mai, l’empressement de certains à vouloir se réfugier à vitesse grand V vers le centre, mérite de mettre en avant quelques éléments d’analyse.
Tout d’abord, pourquoi certains électeurs de gauche sont allés voter Bayrou au premier tour ?
On nous dit, « parce que le PS n’a pas fait sa rénovation, et n’est pas suffisamment social-démocrate » (discours d’ailleurs préparé de longue date, prêt à servir pour n’importe quel score de la gauche pourvu qu’elle ait perdu). Je ne suis pas du tout sûr que ce soit la motivation première des électeurs ayant voté pour le candidat centriste, tant ce vote est infiniment complexe.
Au delà des électeurs centristes traditionnels (donc de droite), il y a sans doute d’une part parmi ces raisons la peur de Sarkozy qui a nourri un réflexe de vote utile pour le candidat le plus en mesure, d’après les fameux sondages, de l’emporter au deuxième tour. Il y a aussi ceux qui ont vu en Bayrou un candidat anti-système, ce qui valide notre analyse sur la rénovation des institutions et de la vie politique. On peut voir également dans le vote Bayrou, et c’est sans doute l’élément le plus significatif, une perte de repères politiques et idéologiques. Si avec un argument selon lequel on peut gouverner « avec les meilleurs de droite et de gauche » il est possible de recueillir 18 % des suffrages, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur le fait que cette proposition ait pu être rendue crédible ? Est-ce que ce n’est pas justement parce que le clivage droite/gauche n’était pas suffisamment visible que les électeurs qui auraient pu voter à gauche se sont tournés vers le centre avec autant de facilité ? A-t-on réellement expliqué que, au delà du fait que le type de gouvernement proposé par Bayrou n’était pas réalisable, ce sont bel et bien les valeurs de gauche et de droite qui sont totalement incompatibles, ce sont nos idéaux qui ne sont pas les mêmes, ce sont nos projets de société qui divergent fondamentalement et qui ne permettront pas de faire travailler ensemble la gauche et la droite ? Est-ce qu’il n’y a pas des enseignements à tirer du fait que 70 % des électeurs ne voyaient pas la différence entre le programme de Royal et celui de Bayrou, alors qu’il y en avait tant ?
Quand les repères idéologiques s’effacent, c’est le « bon sens paysan » qui revient sur le devant de la scène, que ce soit sur le mode « dépassons les clivages stériles, faisons travailler tout le monde ensemble », ou sur le mode « travailler plus pour gagner plus, et toute la France se redressera ». Ce n’est pas à la Gauche de contribuer à cet effacement des repères en se donnant une ligne politique à géométrie variable en fonction du score de Bayrou, c’est au contraire à nous de rappeler que face à la droite, la seule alternative est un projet de gauche ambitieux, rassemblant autour de lui l’ensemble des femmes et hommes de progrès, et seul à même d’apporter un changement de société profond.
En tout état de cause, si le vote Bayrou est complexe et malgré tout peu aisé à analyser, l’analyse du type « Au centre toute ! » (de même que le « A gauche toute ! ») est à la fois insuffisante et à mon sens contre-productive et dangereuse. Car j’en viens maintenant à la question des alliances futures et aux calculs arithmétiques.
Les spéculations sur les changements d’alliance potentiels sont je trouve assez ahurissants. Parce que la gauche du PS a fait un score très faible, parce que Bayrou a fait le score que l’on sait, des changements de stratégies électorales s’imposeraient. Ca fait très « cuisine » tout cela : j’ai très peu entendu d’interrogations sur « pourquoi nous battons-nous ? », « pourquoi veut-on gagner les élections ? ». Pour moi les vraies questions à se poser sont les suivantes : une alliance ou un déplacement idéologique vers le centre nous permettra-t-il de mettre en place un vrai projet de transformation de la société ? Doit-on sacrifier nos idéaux sur l’autel des 18 % de Bayrou ? Comment faire au contraire pour convaincre, sans nous renier, sans être complexé par notre vision de la société, le plus grand nombre de citoyens de nous rejoindre ? Car si l’on commence à parler stratégie avant même d’avoir posé la question de nos valeurs et du sens de nos combats, ce sont des lendemains douloureux que nous préparons. D’autant plus que si, par un mouvement profond vers le centre, on contribue à renforcer de nouveau l’extrême gauche, on nous dira sûrement dans 5 ans qu’il faut encore changer de cap.
Face à la droite décomplexée, ne construisons pas la gauche du renoncement et de la résignation. En deux mots, sachons inventer. Quand un des principaux mots d’ordre est aujourd’hui de prendre en compte les contraintes du monde actuel et de nous y tenir, osons dire que les contraintes sont aussi faites pour être dépassées. Osons chercher et construire de nouveaux outils pour faire face aux dérèglements d’une société qui effectivement a changé. Osons prétendre que la fatalité n’est pas l’horizon des socialistes, et que la politique du moindre mal et de la simple régulation du libéralisme ne suffira pas à faire que les citoyens puissent de nouveau réellement vivre ensemble dans une France où la notion de progrès social n’est plus un vain mot.
Et si l’on ose dire cela, la question des alliances se posera sous un autre angle : le progressisme tel que nous le proposons, qui tient compte des réalités du monde d’aujourd’hui pour mieux les changer, n’a pas vocation à être dissous dans des accords électoraux, mais doit être au contraire en mesure de rassembler celles et ceux qui, à la gauche comme à la droite du PS, ne croient pas à la résignation et pour qui l’ambition d’un monde plus juste ne pourra se réduire à quelques simples pansements sur les dégâts de la politique de la droite, en France et dans le monde. Faire la refondation socialiste, ce n’est pas simplement briser des tabous ni changer de regard sur la société. C’est prendre en compte de manière globale et cohérente ses évolutions, ses mutations, pour apporter de nouvelles réponses, de nouveaux outils permettant de remettre en cause réellement son mode de fonctionnement actuel, sans angélisme ni certitudes inébranlables, sans interdits ni idées préconçues, mais avec un sens des responsabilités qui nous impose de ne tomber ni dans les solutions simplistes ni dans je ne sais quelle politique timide ou timorée, sous prétexte que « le monde a changé ». Et plus que le souci de « coller » à l’électorat, la volonté d’éclairer les citoyens par un projet global de société lisible, audible et ambitieux ne saurait être abandonnée.