26 juin 2007
Pendant ce temps là...
Pendant le dernier CN, il n'y a pas eu que des réglements de comptes. Je laisse ci-dessous l'intervention de Liem Hoang Ngoc, économiste et membre du NPS : puisque tout le monde se fout de ce genre d'interv, que ce soient l'absente de marque au CN ou certains autres présents qui étaient plus dans le registre de l'invective anti-ségo ou anti-anti-ségo que de la construction, je pense qu'il est utile de mettre au débat ce genre de prises de position. Parce que le meilleur moyen de respecter les militants, loin des querelles de personnes qui animent le PS en ce moment, est de construire par des propositions de fond le visage du socialisme de demain.
Edit: L'intégralité des interventions du CN viennent d'être mise en ligne sur le site du PS. Après en avoir parcouru quelques unes, pas de surprises, je me trouve plutôt en accord avec celles que j'apprécie habituellement (oui on pouvait s'en douter dans le tas il y a celle de Benoit Hamon, mais c'est pas parce que c'est Benoit, c'est juste qu'objectivement c'est sans doute une des interv les plus pertinentes de ce CN).
Intervention de Liem Hoang Ngoc, Conseil National du 23 juin 2007
"Les meilleurs d’entre nous l’ont dit. Il faudra refonder notre parti. Je laisse aux réparateurs de logiciels le soin de réformer l’économie virtuelle. C’est dans l’économie réelle que se mène la bataille contre la droite et les intérêts qu’elle représente. Dans le monde réel, c’est d’une boussole, dont tous ceux qui sont désorientés ont besoin. Voici quelques-unes des pistes qu’elle pourrait indiquer.
Tout d’abord, il n’est pas nécessaire de réconcilier les travailleurs avec l’entreprise. Ce sont les entreprises qu’il faut réconcilier avec les Français ! Je veux évidemment parler des entreprises qui réalisent du profit en délocalisant ! Des entreprises qui réalisent du profit sans investir, surtout pas dans les secteurs innovants, jugés insuffisamment rentables ! Des entreprises qui réalisent du profit au bénéfice des nouveaux rentiers !
Réconcilier l’entreprise avec ses travailleurs signifie que les travailleurs français, qui sont parmi les plus productifs au monde, voient leurs efforts récompensés par des hausses de salaires et une réduction du temps de travail ! Telle est la version socialiste de la théorie de la valeur travail ! Cela commence par l’augmentation des bas salaires !
Lorsque les entreprises ne dépensent pas pour investir dans l’économie (et c’est le cas !), il est sain que l’Etat le fasse, faute de quoi nous plongerions plus encore dans le marasme économique et social ! Il n’y a à cet égard pas de problème de dette ! La dette ne pèse aucunement sur les générations futures ! Elle est financée à bas taux d’intérêt par l’abondante épargne des classes aisées qui raffolent des obligations d’Etat ! Il y a par contre un problème de gaspillage de la dette ! La droite a choisi de gâcher les marges de manœuvre budgétaires existantes dans d’inutiles cadeaux fiscaux dont les faces cachées s’appellent : franchise médicale, TVA anti-sociale, réduction de la moitié des effectifs des services publics sous couvert de réforme de l’Etat et autonomie des universités !
Au contraire, la gauche doit stimuler l’investissement public en matière d’innovation, développer les services publics, s’opposer à une nouvelle loi Devaquet et proposer une réforme fiscale progressiste !
On le sait, les dépenses sociales sont amenées à croître, malgré la maîtrise médicalisée des dépenses de santé. Ce n’est pas un mal dans une économie en progrès ! La droite entend en privatiser le financement ! La gauche doit proposer son impôt citoyen progressif sur le revenu, fusionnant la CSG et l’impôt sur le revenu ! Elle doit revendiquer la création d’une nouvelle CSG entreprise assise sur la vraie valeur ajoutée, un impôt qui taxe les profits oisifs pour financer la sécurité sociale ! Tout cela n’a rien à voir avec le choix de la TVA, l’impôt le plus injuste, qui pèse sur la consommation ! Trop longtemps, au cours de cette campagne, nous avons esquivé le débat fiscal avec la droite ! La TVA sociale a déjà été expérimentée. C’était en 1995 sous Alain Juppé (les bordelais s’en sont souvenus), lorsque le taux de TVA fut relevé de deux points alors que la baisse du coût du travail montait en puissance dans le plan quinquennal pour l’emploi. La vie chère a poursuivi son chemin alors que la « baisse des charges » n’a pas créé plus de 200 000 emplois ! Les déficits, quant à eux se creusèrent inutilement.
La droite propose de lutter contre l’assistanat pour mieux détruire notre système de protection sociale ! Vieille ficelle ! Ce n’est pas de l’assistanat dont la gauche doit s’occuper ! La gauche ne doit pas lutter contre les chômeurs ! Elle doit lutter contre le chômage dont sont victimes les travailleurs licenciés et les jeunes sans perspectives de recrutement ! Elle doit se méfier d’une autre mode arborrée par la droite et qui porte une marque de fabrique danoise ! Attention aux modes ! Le modèle danois est bien moins récent que le modèle français. Il date de 1899. Il prévoit la liberté totale de licencier et inclut désormais une TVA sociale ! Ce que certains appellent la flexi-sécurité n’est pas un compromis gagnant-gagnant, mais risque d’être une compromission perdante-perdante. Perdante pour le CDI, remplacé par un contrat unique avec période d’essai à rallonge, comme le CNE, le CPE ou le contrat Première Chance ! Perdante pour les chômeurs, suspectés de refuser de se former et d’accepter les emplois précaires du marché ! Enfin, la gauche doit relancer le débat européen. Elle doit rejeter le mini traité qui est le meilleur moyen d’asseoir à l’insu des peuples un super-marché ! Un super-marché sans harmonisation fiscale ! Sans budget communautaire conséquent ! Sans contrôle démocratique de la Banque centrale ! Sans tarif extérieur commun !
Chers camarades,
La boussole socialiste a parfois indiqué d’étranges directions. Celles qui ont conduit sans complexe Eric Besson, Martin Hirsch, Jean-Pierre Jouyet et Jean-Marie Bockel là où ils sont. Il faut maintenant réparer notre boussole, cet instrument indispensable dans un désert idéologique. Prenons pour cela le temps nécessaire".
21 juin 2007
Deux désastres ou une refondation
Le prochain conseil national du PS a lieu samedi prochain. Déjà, les uns et les autres ont commencé à fourbir leurs armes, et devant les emballements un minimum de modération est je crois nécessaire.
Face à ceux qui veulent la peau du premier secrétaire ici et maintenant et mettre en place une direction collégiale le plus rapidement possible, je ne peux que m’étonner. D’abord parce ceux-là même qui incriminent aujourd’hui l’immobilisme d’hier (Valls, Gorce etc…) sont ceux qui se sont bien gardés d’engager un processus de rénovation du PS tant qu’il était encore temps en 2002. Facile de hurler avec les loups, camarades. Ensuite parce que derrière cette question de la direction du PS il faudrait être aveugle pour ne pas voir une volonté de poser rapidement la question du leadership, et donc l’intention d’installer Ségolène Royal le plus rapidement à la tête du PS : arrêtons deux secondes l’hypocrisie qui consiste à critiquer la direction pour mieux placer sa candidate préférée, tout en clamant haut et fort que c’est pour le bien de la refondation. Ceci dit je comprends très bien que les partisans de Royal fassent entendre leur voix, simplement on ne peut en aucun cas à mon sens poser la question du leader avant celle des idées, et c’est ce qui est en train de se passer.
Le premier désastre est donc en train de surgir en ce moment : car ce n’est pas en allant le plus vite possible et en virant le plus tôt possible les gens qu’on n’aime pas qu’on pourra avancer sereinement. La refondation ne pourra se faire en 3 mois, et ceux qui proposent d’organiser un congrès dès l’automne prochain font preuve d’une irresponsabilité étonnante. Car quel est l’enjeu des premiers mois à venir ? Dans un premier temps nous poser, analyser, réfléchir, d’abord sur les raisons de notre défaite (et il faudra aller plus loin que le « y en a qu’étaient pas gentils »), ensuite sur notre ligne politique et idéologique. Qui peut croire un seul instant qu’avec un calendrier précipité et un congrès avancé qui verra une lutte de chefs avoir lieu, on pourra avoir ce débat qui nécessite de prendre du recul et de la distance par rapport aux querelles de personnes ?
J’en viens maintenant au second désastre, qui je pense a beaucoup moins de chances de se produire, mais qui est directement lié au premier. Ce serait que rien ne bouge, rien ne change. Comme en 2002. Comme souvent au parti socialiste d’ailleurs, malgré la bonne volonté de quelques uns qui ont depuis 5 ans tenté d’apporter des idées nouvelles. J’ai beaucoup de mal cependant à croire à ce scénario, pour deux raisons : d’abord parce que la rénovation et la refondation, contrairement à 2002 où elle était portée par le quasi-seul NPS dont je faisais partie, fait aujourd’hui consensus. Ensuite, et c’est la raison déterminante, c’est tout simplement parce que Ségolène Royal a décidé de déposer une motion au prochain congrès. Donc forcément, ça va changer, quoi qu’on en dise. C’est d’ailleurs ce qui me renforce dans l’idée que ceux qui veulent avancer très vite ne le souhaitent pas par souci d’être sûr de voir bouger les choses, mais bel et bien par stratégie pure. Car la situation n’est en rien comparable à celle de 2002, où tout le monde à la direction du PS avait intérêt à ce que rien ne change, alors que là c’est exactement l’inverse. Alors oui, au final je trouve… écoeurant, c’est le mot, de voir que certains veulent nous voir prendre le risque de nous précipiter, en disant « faut pas faire comme depuis 2002 » (ce qui par contre est vrai), alors que ce sont ceux-là mêmes qui n’ont rien fait par le passé pour faire bouger les choses. On a 5 ans de réflexion de retard, camarades, et ce n’est pas en voulant régler la question à la fois des idées et du leadership en 6 mois qu’on va y gagner quelque chose !
Ce sont ces deux écueils qu’il faut éviter. Nous avons je trouve une formidable capacité, une fois que nous nous sommes plantés, à réagir en adoptant une attitude à l’extrême opposé qui nous amènera à nous planter aussi. Pour mener le processus de refondation de la gauche, toutes les énergies seront nécessaires, y compris celles qui ne se sont pas développées dans le passé par opportunisme. Et la direction actuelle du PS représente, qu’on le veuille ou non, un cadre pour organiser les débats nécessaires. Pourquoi vouloir virer tout le monde et mettre en place une organisation collégiale ? Quel intérêt ? Alors que l’on sait très bien que si l’on change de direction ce sont les appétits personnels qui vont s’aiguiser plus que le débat d’idées ? Et avec qui cette direction collégiale ? On nous dit qu’il ne faut plus de proportionnelle au sein de la direction du PS, mais en même temps on ne nous dit rien sur ce que devrait être cette nouvelle direction : on fait comment, on tire au sort, on prend les potes à Ségo, on fait un casting, on prend que les gens de NPS et RM (vu qu'on nous dit qu'on peut pas continuer avec ceux qui sont restés immobiles) ? C’est une vaste blague cette histoire de direction collégiale, surtout quand personne n’est capable d’expliquer sur quelle base on la met en place !
Bref, tout ça pour dire que le voie de la refondation ne pourra s’emprunter qu’en naviguant sûrement mais sans précipitation, en maintenant notre cap avec détermination, sans s’arrêter en chemin, et en laissant derrière nous ceux qui voudraient le statu quo. Et sans nommer avec une certaine facilité les boucs émissaires sans avoir fait chacun notre auto-critique. Je crains, au regard de ce qui se passe à l’heure actuelle, que ceux-là mêmes qui prônent la fin des écuries n’en fassent eux-même partie, les attitudes du moment le prouvent. Et les prises de position des uns et des autres sont malheureusement plus souvent le fait de postures pro-candidat(e) que le fruit d’une soif de réflexion idéologique profonde. Gageons que nous saurons dépasser ces luttes vaines et créer ensemble les conditions d’un renouveau durable de la gauche, au delà même des personnes qui seront amenées à la représenter dans les prochaines années.
19 juin 2007
Sociologie de la rénovation de la gauche
Article de Jean-Louis Andréani, Le Monde du 20 juin
Qu'est-ce que la social-démocratie ? Cette vieille question est de nouveau posée par les débats sur la "rénovation" du Parti socialiste. Le même mot recouvre, en effet, des réalités différentes, voire antagonistes, chez ceux qui évoquent l'impératif sociologique d'un parti ancré dans l'électorat populaire et chez les tenants, comme Ségolène Royal, d'une "modernisation" tournée vers le centre.
Le terme de social-démocratie est ambigu et peut-être inadapté au débat français, puisqu'il manque ici un élément central, un syndicalisme fort, et que, au demeurant, la social-démocratie européenne n'est elle-même pas exempte de remises en question. Pour faire simple, la social-démocratie vise à transformer le système capitaliste de l'intérieur plutôt que de tenter de le faire exploser par une révolution violente. Au-delà, il est évident que l'actuel PS français répond déjà à certains des critères d'un parti social-démocrate : référence aux valeurs humanistes, respect de la démocratie et de l'économie de marché, pourvu qu'elle soit "sociale"... Comme le souligne Henri Weber, l'un des lieutenants de Laurent Fabius (Le Monde du 9 mai), le PS s'assume "depuis longtemps comme un parti réformiste".
En fait, l'évolution, souvent présentée de manière rapide, voire abusive, comme la marque indéniable d'une "social-démocratisation" du PS, serait un glissement idéologique qui ouvrirait la voie à une alliance avec le centre. Depuis le choix stratégique de l'union de la gauche imposé par François Mitterrand au congrès historique d'Epinay en 1971, des pressions se sont exercées à intervalles réguliers, à l'intérieur comme à l'extérieur du PS, pour contester ce choix, à partir de la convergence de deux logiques : l'une politique - le refus de l'alliance avec les communistes -, l'autre sociologique. La seconde était fondée sur l'idée que la modernisation de l'économie et de la société conduirait inéluctablement à une réduction, voire une disparition de la classe ouvrière, et à l'émergence d'une grande classe moyenne. Soucieuse de continuer à améliorer son niveau de vie et son insertion sociale, celle-ci aurait un comportement électoral plus modéré, donc proche du centrisme.
Ce soubassement sociologique, conçu dans les années 1970, s'est pour le moins effrité depuis. Le dernier "vrai" recensement de l'Insee de 1999 (les suivants ont été effectués par sondages) a jeté à bas l'édifice intellectuel construit autour de l'idée d'une inéluctable hégémonie idéologique, sociale et politique, d'une classe moyenne "centrophile". En réalité, la population active se compose toujours, pour plus de la moitié, d'ouvriers et maintenant d'employés aux conditions de rémunération, voire de vie, devenues souvent proches.
Non seulement l'électorat populaire n'a donc pas disparu, mais les classes moyennes, au lieu de s'en détacher, semblent s'en être rapprochées. Cette fois, ce sont deux élections, le séisme du 21 avril 2002 puis le référendum européen de 2005, qui ont servi de révélateurs en montrant que le malaise des couches populaires gagnait peu à peu les classes moyennes. Pour les premières comme pour les secondes, la panne persistante de "l'ascenseur social" a réduit à néant un modèle républicain qui nourrissait l'espoir d'une génération à l'autre. Et les classes moyennes viennent maintenant grossir le cortège des populations chassées très loin des centres-villes par la hausse des prix de l'immobilier. Enfin, l'obsolescence, face à un capitalisme de plus en plus cynique, du modèle du cadre attaché corps et âme à son entreprise a ancré l'idée d'une coupure entre une super-élite financière et le reste du monde du travail.
Dans ce contexte, l'élection présidentielle a confirmé une leçon du 21 avril 2002 : sans soutien de l'électorat populaire, il est difficile aujourd'hui de remporter une élection majeure. Nicolas Sarkozy l'a bien compris. Il a tenu un discours qui lui a permis de s'assurer une part significative de ce vote à la présidentielle, puis la neutralité bienveillante de nombreux électeurs populaires au premier tour des élections législatives, jusqu'à ce que les premières mesures du gouvernement provoquent leur réveil partiel au second tour.
QUÊTE DU GRAAL
A moins que le PS ne renonce à s'appuyer sur ces couches sociales, ce qui serait un paradoxe risqué, son défi principal est donc une nouvelle fois la reconquête de l'électorat populaire, qui fait de plus en plus figure de véritable quête du Graal tant, d'une présidentielle à l'autre, il s'en montre incapable, le vote pour la droite sarkozyste succédant à Jean-Marie Le Pen dans ces catégories. De ce point de vue, les socialistes ne peuvent pas ignorer que M. Sarkozy a réussi son opération de séduction en édulcorant son discours de "rupture" libérale pour y réinjecter l'action protectrice et régulatrice de l'Etat. Au point de prôner, au final, une ligne moins libérale que celle de M. Bayrou.
A l'inverse, les anciens hauts fonctionnaires de gauche regroupés sous le pseudonyme des "Gracques", fer de lance de la promotion du rapprochement avec le centre pour la présidentielle - et dont Jean-Pierre Jouyet était l'un des initiateurs -, adhéraient pour l'essentiel à la démarche économique de ce dernier. Ainsi, entre les deux tours, sous le titre "le moment social-démocrate", les "Gracques" expliquaient (Nouvel Observateur daté 10 au 16 mai) que, pour passer une alliance avec M. Bayrou, il fallait "bâtir un compromis sur le terrain de la politique économique" et que c'était bien "au PS d'accomplir l'essentiel du chemin".
Quel que soit son choix, le PS est condamné à élargir son emprise face à des alliés traditionnels ou plus récents (Verts) dont le poids électoral fond comme neige au soleil. Les socialistes se retrouvent, près de trente ans après - mais dans des conditions plus difficiles puisqu'ils sont sur une pente descendante -, confrontés au même débat que celui qui avait eu lieu entre François Mitterrand et Michel Rocard à la fin des années 1970 : faut-il d'abord "rassembler son camp" pour créer une dynamique puissante et un appel d'air électoral ? Ou vaut-il mieux s'ouvrir de façon volontariste à des familles politiques jusque-là tenues en lisière ?
Au demeurant, focaliser la réflexion sur les alliances pourrait laisser de côté l'essentiel : le PS connaîtra de nouveaux succès non parce qu'il aura fait, ou pas, alliance avec le centre, mais parce qu'il aura convaincu la plus grande partie de l'électorat qu'il est de nouveau capable d'améliorer ses conditions de vie, d'influer sur le cours des choses, de faire bouger le pays, en lui redonnant une espérance. Sinon, il ne sortira pas de la spirale du déclin. Au risque de connaître le même sort que la vieille SFIO morte à la fin des années 1960, victime des compromissions entraînées, sous la IVe République, par... son alliance au centre.
18 juin 2007
Chronique d'un tsunami (trop vite) annoncé
Michèle Delaunay. Elle s’appelle Michèle Delaunay :-) . Tout un symbole que la défaite d’Alain Juppé hier, révélatrice d’une droite qui, si elle a gagné ces élections législatives, n’en est pas moins ressortie moribonde de ce deuxième tour pourtant annoncé comme tsunamique et qui au final s’est résumé à une vaguelette bien pâle, avec 40 sièges en moins pour la droite par rapport à 2002.
Alors oui, quelque part, il y a sans doute une forme de désaveu, non pas du gouvernement en tant que tel ni de Nicolas Sarkozy (du moins il est encore trop tôt pour l’affirmer), mais plutôt à l’encontre de la TVA sociale, mesure dont l’annonce a permis aux citoyens d’ouvrir les yeux sur l’illusion du « travailler plus pour gagner plus » et sur la fiction de la relance du pouvoir d’achat. Certes, c’est sans doute plus la démobilisation de l’électorat qui avait voté au premier tour pour la droite que la remobilisation des électeurs de gauche qui a joué, l’abstention ayant atteint un niveau record, mais il y aura tout de même des enseignements à tirer de ce scrutin.
D’abord le fait qu’on ne peut pas faire passer tout et n’importe quoi et faire prendre les vessies du libéralisme le plus dogmatique et idéologique (franchise sur les soins, TVA « sociale », bouclier fiscal) pour les lanternes de l’amélioration de la protection sociale et de la situation des plus démunis. Ensuite le fait qu’il reste des gens qui croient encore (un peu) à la gauche. Pas assez, c’est le moins qu’on puisse dire, mais tout de même, c’est un signe qui doit nous encourager. Quand il s’agit de s’opposer à une mesure du gouvernement, les citoyens choisissent encore d’élire des députés socialistes, même si le niveau d’abstention doit profondément nous alerter et nous interroger. Enfin, et c’est sans doute cela le plus important, il s’agira dans les semaines qui viennent de ne pas ce reposer sur ces lauriers qui pourront vite se fâner rapidement si la gauche n’est pas en mesure de se refonder réellement. Plus que jamais, la refondation de toute la gauche est indispensable, plus que jamais le débat d’idées et la capacité à formuler une orientation politique claire seront nécessaires, plus que jamais le renouvellement générationnel devra avoir lieu, tout en sachant ne pas tomber dans l’excès inverse qui amène à considérer toute jeune pousse comme quelqu’un de génial, indépendamment du fond idéologique qu’elle porte et qui peut s’avérer être une impasse pour la gauche (moi je pense à Manuel Valls en disant cela ? Nooon…bon d’accord, mais pas très fort alors).
Petit mot quant à nos partenaires de gauche, et d’abord une immense satisfaction locale, puisque l’union de la gauche a parlé et a permis d’élire en Loire-Atlantique le député Vert François de Rugy contre vents et marées et en l’absence de tout accord national entre les Verts et le PS, accord qui a finalement été trouvé localement et qui a porté ses fruits. Cette victoire est quelque part révélatrice du fait que la dynamique créée par une candidature unique de la gauche peut être réelle et aboutir à une victoire qui n’était à vrai dire que peu escomptée il y a quelques jours. Pour ce qui est du PC, il n’est pas aussi enterré qu’on le prédisait, et a prouvé avec l’élection de 15 députés qu’il aura encore un rôle à jouer, rôle qui passera nécessairement par sa rénovation profonde tant ce parti est vieillissant et à chaque élection plus fragile qu’à la précedente. Toujours est-il qu’il faudra entamer un dialogue privilégié avec ces deux formations pour construire ensemble cette refondation de la gauche que nous appelons tous de nos vœux.
Enfin, pour terminer, sur le plan local, c’est 2 circonscriptions que la gauche a ravi a la droite dans le département, puisque Michel Ménard a été élu sur Nantes-Ancenis, ce qui porte à 6 sur 10 les circos détenues par la gauche, score qui nous ramène au niveau de 97. Le rapport de force est donc incontestablement en faveur de la gauche en Loire-Atlantique, espérons-le durablement.
Bon au final si on fait le bilan on a un tsunami bleu qui en une semaine s’est presque transformé en vague rose, un Juppé qui ne devrait plus tarder maintenant à prendre sa retraite politique, un gouvernement qui va devoir s’atteler (déjà) à un remaniement ministériel inattendu, et… Ségolène Royal qui quitte François Hollande. D’accord, on s’y attendait, d’accord on le savait déjà un peu, beaucoup. Mais le moment tombe franchement mal. Hier j’étais très énervé par cette révélation en plein milieu des résultats, il s’avère en fait que celle-ci serait lieu à une « fuite » à l’AFP. Tiens tiens je trouve qu’il serait intéressant de s’adresser à l’AFP pour savoir qui a trouvé un intérêt au sein de l’agence à balancer une dépêche éclipsant de fait le bon score de la gauche au législatives. Un geste on ne peut moins politique en tous cas, sous couvert d’une « bourde » ou d’une simple fuite. Etonnant non ?
Edit : Bon quand même, au delà du fait que l’info s’est diffusée plus vite que prévu, le planning prévisionnel (sortie de l’info aujourd’hui ou demain) ne choque personne ? Moi si. Après la défaite sévère annoncée de la gauche, annoncer la rupture avec Hollande le lendemain de cette défaite censée être cuisante relevait sans doute initialement à la fois de la reprise en main médiatique sur le plan personnel et de l’ultime coup sur la tête de Hollande pour bien l’enfoncer et lancer la course au leadership du PS. Plus que moyen comme attitude.
16 juin 2007
Trop regarder Julien Courbet nuit gravement à la santé démocratique
Petit message de dernière minute : je viens de tomber sur des extraits d'une réunion publique de Sylvie Noakovitch, candidate face à notre cher DSK, et estampillée "vue à la télé (j'ai d'ailleurs mis du temps à comprendre d'où venait sa célébrité, béotien que je suis qui ne regarde pas Sans aucun doute, et qui donc n'en avait jamais entendu parler, shame on me). Bon j'avais quand même eu des échos de ce qu'elle racontait, j'ai entendu des qualificatifs d'"hystérique", de "vulgaire". Eh bien non seulement ils ne sont pas usurpés mais c'est même faire preuve de beaucoup de mansuétude que de s'arrêter là.
Si vous voulez voir de quoi la droite est capable en matière de démagogie populiste, voici 2 liens ci-dessous vers les propos de l'envoyée spéciale de Julien Courbet en contrée Sarcelloise. Pour aller vite et vous faire une idée du personnage, le milieu de la première vidéo, où Mamadou qui a arrêté de boire grâce à Sylvie est exhibé en public tel un animal de foire, est assez représentatif. Le meilleur reste sans doute au début de la seconde partie, quand Sylvie prend à partie la salle : "Quelqu'un sait-il à quoi sert un député ?" Elle même a la réponse : tout simplement à faire du clientélisme : elle le dit quasiment tel quel, selon Sylvie Noachovitch un député sert à ramener des thunes pour aider sa circonscription (euh... ce n'est pas vraiment ça, Sylvie, "représentant de la nation", "vote et contrôle des lois", ça te dis quelque chose ?). Sa tâche est au final résumée assez simplement :"Pour moi, être députée, c'est un objectif proche de Dieu, j'ose le dire, parce que je pense qu'on est tous sur cette Terre parce qu'on a tous un objectif et un but. Nous sommes tous unis, on a tous un but dans la vie et une mission (...) La mienne, c'est de faire avancer les chose et faire que les gens ne souffrent plus. Si chacun avait l'énergie que j'ai pour éviter la souffrance je vous promet que plus personne ne souffrirai en France." De toute façon elle a sûrement raison, puisque comme elle le dit si bien "A la télévision, on ne peut pas tromper les gens pendant des années, on sait que je dis la vérité"
Franchement j'étais loin d'imaginer, même dans mes pires cauchemars, qu'une élection législative pouvait ressembler à ça. Inimaginable. Quelques soient les désaccord politiques que je peux avoir avec DSK, sa victoire est tout à fait indispensable face à cette néo-poujadiste, dont l'élection serait une humiliation pour la Répulique.
Bon en attendant localement avec François Pinte, d'après quelques échos glanés ici ou là, on n'a pas beaucoup mieux. Mobilisons nous dimanche pour faire gagner Marie-Françoise Clergeau, l'Assemblée en aura besoin !
Réunion Garges les Gonesses partie 1
Réunion Garges les Gonesses partie 2
13 juin 2007
La TVA antisociale est lancée
Ah y est, c'est fait, Fillon l'annoncé hier : une augmentation de la TVA (qualifiée de sociale d'abord, de "anti-délocalisation" ensuite, rien n'est trop beau pour mieux faire passer la pilule) est envisagée à l'horizon de 2009. Pas grand chose à rajouter sur ce sujet, j'avais déjà laissé des commentaires il y a quelques temps (ici sur la baisse des charges en général, et ici sur la TVA sociale en particulier), et l'Ilot des pingouins analyse cette proposition ici aussi. Y a de quoi faire.
En tous cas, il en faudra des réponses et de la pédagogie face à la démagogie de la droite. Car finalement, quels vont être les débats au cours des prochains mois sur cette question ? D'abord celui du financement de la protection sociale. Non, les salariés et les consommateurs ne peuvent supporter à eux seuls l'intégralité du financement de la solidarité nationale. Oui, les entreprises ont aussi une part de responsabilité dont elles ne peuvent être exonérées, surtout si c'est pour faire porter le poids de la protection sociale sur les plus modestes en augmentant la TVA.
Alors on nous dit : "Oui, mais le coût du travail est trop élevé en France", tout ça tout ça. Rien de plus faux. Je rappelle, encore une fois, les chiffres du coût du travail, mais également ceux du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion sociale (CERC) qui relève qu'en 2005 le coût du travail en France est comparable à celui des autres pays européens, ou encore ceux du Bureau of Labor Satistics (BLS) qui montre qu'entre 1994 et 2004 le coût du travail est reté le même aux Etats-Unis qu'en France, et inférieur de 40 % à celui de l'Allemagne. Bref. Tout cela pour dire que face aux idées reçues qui autorisent tous les raccourcis et toutes les fausses bonnes propositions, il va falloir s'armer d'une patience et d'un courage à toute épreuve pour déjouer les mensonges auxquels veut nous faire croire le gouvernement.
12 juin 2007
François Pinte invente "l'abstention positive"
C’est nouveau, ça vient de sortir. François Pinte, candidat sur la 2ème circonscription de Loire-Atlantique et potentiel futur candidat à la mairie de Nantes, a commenté de la sorte la forte abstention dans les quartiers populaires : « Une abstention positive pour donner sa chance au gouvernement ». Incroyable. On croyaient qu’ils avaient tout dit, tout fait en matière d’arrogance, mais alors celle-là je crois que personne n’avait osé. Maintenant ceux qui ne votent pas soutiennent le gouvernement ! Finalement, pour la droite l’abstention n’est pas un problème puisque selon eux si les citoyens ne votent pas c’est qu’ils sont d’accord avec ce que fait la droite. Et bientôt ils vont sûrement nous justifier leur écrasante majorité à l’assemblée par une simple addition : 55 % de votants UMP + 30 % d’abstention = 85 % de députés. Logique. Si avec ce gouverment même l’abstention est de droite, on n’a pas fini de batailler.
11 juin 2007
La Bayrou de secours, quelle utilité ?
Au lendemain des législatives, peu de choses à rajouter sur ce qui a été dit un peu partout, si ce n’est que c’est pas la fête mais qu’on s’y attendait, et qu’au final la débâcle semblable à 93 que certains à droite espéraient n’a pas eu lieu, celle-ci étant davantage à rechercher du côté de l’abstention, en particulier dans les quartiers populaires. Au vu du suspense qui existe dans beaucoup de circonscriptions, une analyse plus poussée de ces élections devra attendre dimanche prochain et il faudra recommencer à se battre dès aujourd’hui, car 60 ou 185 sièges ce n’est pas la même chose.
En attendant, juste une chose : il va falloir qu’on m’explique à quoi ça sert d’aller quémander auprès de Bayrou un hypothétique soutien qu’il n’accordera pas de toute façon (de manière nationale j’entends, pas sur le plan local où des accords seront sans doute trouvés). Je l’entends déjà parler de désistements au cas par cas, qu’il n’est pas dans une logique où il faut sans cesse se plier à la règle du clivage gauche droite et toujours choisir entre l’un ou l’autre, que le Modem ne sera pas à la remorque du PS, etc… Ce sont les électeurs de Bayrou qu’il faut conquérir, pas Bayrou lui-même ! Alors quelle est l’utilité de cette stratégie à la con que d’aller systématiquement faire la manche au grand manitou du Modem sans en recueillir aucun bénéfice électoral ? Oui, il faudra parler, surtout dans les circonscriptions où le Modem joue un rôle d’arbitre, de nos points de convergence, de l’équilibre des pouvoirs, de la démocratie. Mais en s’adressant d’abord et avant tout aux électeurs, pas sur un coin de table avec Bayrou. Parce qu’au final une discussion qui n’aboutit pas fait sans doute plus de mal qu’un appel clair aux électeurs sur un certain nombre de valeurs. Alors si c’est ça la future stratégie d’alliances du PS, rechercher sans cesse des accords sans jamais réussir à les obtenir, c’est inquiétant. D’autant plus que je remarque que dans quelques circonscriptions de la région parisienne c’est aussi le bon report des voix du PC et des Verts qui sera déterminant, et ça me paraît difficile et irresponsable de les laisser totalement de côté.
Maintenant au delà de la morosité ambiante, des satisfactions existent, des combats serrés vont être menés, des espoirs ne pourront être déçus : à nous de nous battre dans la semaine qui vient pour mobiliser les électeurs, en particulier ceux qui souffriront le plus de la politique de Sarkozy, pour faire élire des députés socialistes en capacité de constituer une rélle force d’opposition et de proposition face à la droite dure qui se profile à l’horizon.
Scénarios pour une refondation
Article de Philippe Marlière, paru dans Le Monde du dimanche 10 juin
Le Parti socialiste est aujourd'hui amené à préciser sa doctrine, à élaborer un programme mobilisateur et à reconsidérer ses alliances. Après trois échecs présidentiels consécutifs, la situation est assez grave pour exclure les replâtrages habituels. Quatre scénarios pour une refondation socialiste peuvent être envisagés.
En Italie, les démocrates de gauche (DS, ex-PCI) s'apprêtent à fonder un nouveau parti (le Parti démocratique) qui inclura le pôle de la Marguerite (dominé par les démocrates-chrétiens). Selon Piero Fassino, dirigeant des DS, cette alliance prend acte de la "disparition du vieux schéma tripolaire gauche, centre, droite", auquel aurait succédé une opposition feutrée entre deux grands blocs centristes, hors toute référence à la gauche. Transposé en France, il s'agirait de bâtir une force centriste dont le PS serait le pivot. Ce nouveau parti - non socialiste - engloberait les radicaux de gauche, la tendance libérale-libertaire des Verts (Daniel Cohn-Bendit) et le Mouvement démocrate de François Bayrou.
Ce schéma a été esquissé par Ségolène Royal à diverses reprises. Sans référence explicite à la création d'un Parti démocrate, elle a revendiqué un "PS ouvert, sans frontière" et a prédit qu'il allait "se passer des choses localement avec le MoDem" d'ici aux élections municipales. La recherche d'alliance avec le centre droit semble des plus risquées. C'est ce que nous enseigne le cas italien : le recentrage continu des DS depuis plus de dix ans s'est accompagné d'une érosion militante et électorale constante, accentuée par les scissions de son aile gauche.
En France, l'opposition gauche-droite est plus vivace qu'en Italie. Les reports de voix bayrouistes en faveur de Mme Royal ont été des plus médiocres, ce qui souligne l'incompatibilité entre électorat socialiste et électorat démocrate-chrétien en France. En outre, les reports de voix de la gauche non socialiste vers Mme Royal - décevants en 2007 - seraient assurément catastrophiques si d'aventure elle était la candidate d'un parti centriste en 2012.
LE SCÉNARIO BRITANNIQUE
C'est le développement rêvé par Dominique Strauss-Kahn et ses amis. L'accent est mis, ici, sur une refondation interne du PS qui s'inspire de la démarche blairiste au sein du Parti travailliste. Une offensive idéologique doit être conduite pour amener le PS à renoncer à la lutte pour le socialisme (combat contre un capitalisme de plus en plus débridé, défense d'un secteur nationalisé de l'économie, exigence de redistribution des richesses, etc). Des notions lénifiantes ("réformisme", "socialisme du réel", "social-démocratie") tentent de masquer les convergences avec le néolibéralisme tempéré du blairisme, de favoriser la conversion du PS à une Europe sans muscle politique et de renforcer l'alignement atlantiste du PS.
A la différence du scénario italien proprement suicidaire, le scénario britannique a le mérite de la cohérence. Cette ligne pourrait l'emporter si les strauss-kahniens parvenaient à débaucher les "déçus du royalisme". Mais le problème de la mobilisation des électorats de gauche se poserait également dans ce cas : quelle serait la fortune électorale d'un parti blairisé en compétition avec une gauche radicale galvanisée par un PS qui n'aurait plus de socialiste que le nom ? Car le succès du blairisme a reposé sur une série de facteurs exceptionnels, introuvables dans le contexte français : scrutin majoritaire à un tour qui sur-amplifie la dynamique du vote utile, absence de compétition à gauche pour le Parti travailliste et démantèlement avancé de l'Etat social britannique.
LE SCÉNARIO ALLEMAND
Ce serait celui de la scission de la gauche du parti, poussée vers la sortie à la suite du succès rencontré par les scénarios italien ou britannique. Il s'agirait ici de recréer un parti authentiquement socialiste. Cette situation s'apparenterait à la création de la WASG par Oskar Lafontaine, un ancien leader du SPD, en désaccord avec les politiques néolibérales du gouvernement Schroeder.
Envisageable après le rejet du traité constitutionnel, alors que l'idée d'une candidature "antilibérale" connaissait une réelle dynamique, ce cas de figure est aujourd'hui impensable. La gauche radicale est aujourd'hui sur la défensive et divisée. En outre, on imagine mal quels élus socialistes de premier plan accepteraient de risquer leur carrière sur un projet aussi aléatoire.
LE SCÉNARIO SOCIALISTE
C'est celui de la rupture avec... les politiques mises en oeuvre par les partisans des scénarios italien et britannique depuis les années 1980. Il s'agirait d'abandonner le prêt-à-penser social-libéral. Instruit des erreurs du passé et s'inspirant de la démarche des assises du socialisme organisées en 1974 par François Mitterrand, ce PS aurait à coeur de maintenir le dialogue avec les diverses composantes de la gauche.
Il serait rajeuni, féminisé, ouvert aux minorités ethniques, attentif aux critiques de gauche du capitalisme financier et du productivisme. Ce serait un parti réformiste radical, moderne, de masse, rompant avec la conception actuelle du parti de supporteurs pour devenir un authentique parti de militants. Ce type de parti pourrait obtenir un score plancher de 30 %, car il rassemblerait nombre d'électeurs communistes, écologistes et altermondialistes, tout en continuant de mordre sur le centre gauche.
Les scénarios italien et britannique expriment des choix purement idéologiques et poursuivent, selon des méthodes différentes, des objectifs similaires (le dépassement de la nature socialiste du PS et la recherche d'alliances organiques ou conjoncturelles avec les démocrates-chrétiens et les libéraux). Le scénario socialiste est, inversement, sociologiquement motivé : il réfute la thèse infondée de la "droitisation de la société française", prend acte de la vivacité du clivage gauche-droite et anticipe la recomposition des gauches. Ce scénario est réaliste et moderne, car c'est le seul qui puisse permettre une victoire de la gauche en 2012.
04 juin 2007
DSK ou le socialisme de résignation
Le monde évolue, les mentalités changent, et la gauche est aujourd’hui capable d’intégrer pleinement, sans complexe, le discours de la droite. Je lis ainsi que DSK a regretté samedi que la gauche soit "décalée par rapport à la réalité", en critiquant la proposition de hausse du Smic à 1.500 euros, la considérant "loin des préoccupations des Français". Et ceci en rapportant les propos d’un ouvrier : "Si le Smic passe à 1.500 euros, le patron va délocaliser, mais moi, ce que je veux surtout, c'est garder mon boulot". DSK en a donc conclu qu’il lui « donnait une leçon de réalisme, parce que le bien le plus précieux pour lui, c'était l'existence même de son emploi ».
Quelques petites mises au point :
1 ) Oui, le chantage à la délocalisation, ça existe. Oui, la droite et le patronat, de tout temps (rappelons-nous le XIXème siècle, le Front Populaire et les congés payés, les 35 heures, etc…), a toujours mis en cause le poids des salaires, l’insuffisance du nombre d’heures travaillées pour expliquer leurs réticences à rémunérer le travail à sa juste valeur. Oui, les salariés sont en train d’intégrer cette idéologie qu’on leur rabâche à longueur de journée. On ne peut pas être « réaliste », comme DSK le dit si bien, et considérer que les cas de délocalisations sont inéluctables et dues simplement à une augmentation du salaire minimum, sans voir derrière tout cela une part de chantage, de pression et de « bon sens paysan ». Cette question des délocalisations (qui ne se résume certes pas non plus à une histoire de chantage, j’en conviens), est trop complexe pour se laisser aller à des argumentations simplistes qui font le jeu de la droite.
2) Non, le coût du travail n’est pas plus élevé en France que chez nos voisins européens. L’étude du BLS (Bureau of Labor Statistics américain, loin d’être un nid de gauchistes), publiée en 2006 (www.bls.gov), est formelle : le coût du travail ouvrier est globalement resté le même en France qu’aux Etats-Unis entre 1994 et 2004, et seules l’Italie et l’Espagne parmi les pays européens ont un coût du travail moins élevé ! Le coût d’un travailleur allemand est même encore 40 % supérieur à celui d’un français. Ca c’est pour les idées reçues bien inculquées aux Français, que DSK reprend fidèlement, oubliant bien vite sa rengaine sur le « réalisme ». Deuxième chose d’ailleurs : le problème des délocalisations, notamment lorsque l’on parle de la Chine, ne se situe pas réellement dans la question des salaires ou du coût du travail : car si on veut faire concurrence à la Chine dans ce domaine c’est par 3 ou 4 qu’il faudra diviser les salaires : on voit bien que c’est ailleurs qu’il faudra chercher des réponses, mais je n’ai pas donner des leçons de modernité à notre cher Dominique…
3) La question des délocalisations est effectivement importante et mérite d’être traitée avec le plus grand sérieux (et pas en balançant des arguments du style « ben on ne peut pas augmenter les salaires). Mais c’est justement à nous, socialistes, de trouver des solutions pour agir sur les deux fronts : celui de l’emploi et celui des salaires. C’est justement parce qu’ils ne trouvent pas de réponses à ces deux problèmes que les salariés les plus pauvres cèdent aux argumentations d’une droite qui leur répète que leurs salaires ne peuvent être augmentés sans quoi il perdront leur emploi. C’est à nous de réagir face à cela et de ne pas se contenter de s’« adapter à la réalité » en renonçant à la changer. Alors oui, il faudra, comme l’ont proposé les socialistes pendant la campagne, demander aux entreprises de rembourser les aides de l’Etat perçues en cas de délocalisation, et on verra déjà que, au vu du montant versé, certaines entreprises y regarderont à deux fois. Il n’est pas normal que l’on s’indigne des délocalisations sans mettre en parallèle la question de l’argent public dont ont bénéficié ces entreprises avant de laisser plusieurs dizaines ou centaines de salariés sur le carreau. Oui, il faudra également lancer un débat sur la scène européenne, et notamment au sein du PSE le jour où il y aura de vrais débats au sein de cette instance, sur la nécessité d’un tarif extérieur commun. En effet, est-il acceptable que des critères environnementaux soient fixés pour l’entrée en Europe de certains produits et qu’il n’y ait aucun critère à dimension sociale ? Serait-il anormal que les produits ne respectant pas certains critères sociaux, en matière de travail des enfants, de rémunération décente des salariés, de droits syndicaux, soient davantage taxés ? Cette question est au cœur de la problématique des délocalisations, et il paraît qu’il faut « lever les tabous ». Mais bizarrement il en est dont la gauche n’aime pas discuter… Dès lors que l’on creuse la question, les réponses apparaissent complexes, et pour une large part sans doute encore à inventer. Mais je ne fais pas partie d’une gauche qui baisse les bras, qui se résigne et qui se range aux arguments de la droite avant même d’avoir exploré les différentes pistes de solutions possibles.
4) DSK reprochait également il n’y a pas longtemps à la gauche de trop réduire la question des inégalités au rapport capital/travail. Certes elle ne se réduit à cela, il a en partie raison. Mais justement avec le problème qu’il aborde on est en plein dedans ! Le rapport entre le capital et le travail n’a cessé de se dégrader depuis 30 ans, et ce alors même que les dividendes distribués aux actionnaires se sont démultipliés. La conjoncture économique étant ce qu’elle est depuis plusieurs années, hormis durant la période Jospin, la rémunération du capital a toujours été favorisée au détriment de celle du travail, sous prétexte de relance et de compétitivité économique. Et si on fait le bilan de cette politique, celui-ci est bien maigre, peut-être qu’il y aurait lieu de s’interroger là-dessus. Par ailleurs quelle analyse DSK fait-il du nouveau capitalisme financier qui s’est mis en place, où la rémunération de l’actionnaire avec des taux à deux chiffres prime sur l’investissement et les salaires ? Comment rééquilibrer le partage de la valeur ajoutée pour que celle-ci serve à investir et à créer des emplois, et ne parte pas en fumée dans les dividendes distribués généreusement ? Nous avons déjà des pistes de réponses, que ce soit en terme de place accordée aux PME, en terme de modulation de l’impôt sur les sociétés en fonction d’investissements réalisés ou non, en terme pourquoi pas de développement de l’économie sociale et solidaire, en matière de négociation salariale, et ce sont en tous cas des réponses qu’il faudra approfondir. Car la question qui se pose à nous, socialistes, est la suivante : comment concilier augmentation nécessaire des salaires (2 millions de travailleurs pauvres actuellement, ça ne te dis rien Dominique ?), et créations d’emplois. Alors si le socialisme du réel consiste à dire qu’on ne peut pas augmenter les salaires, sinon les entreprises délocalisent, et à considérer que la question de l’augmentation du Smic et des salaires est « loin des préoccupations des français » ( ??!!) on ne va pas aller bien loin.
5) DSK nous rapporte les propos de cet ouvrier sur le risque que son entreprise délocalise. Très intéressant. Car après tout, quel contrôle a celui-ci sur les dires de son entreprise ? Quelle place ont les salariés dans le conseil d’administration des entreprises ? Aucune ou très peu. Alors comment les salariés peuvent-ils faire face aux affirmations de leur employeur sans avoir l’ensemble des éléments de la situation de l’entreprise et sans avoir les moyens de participer aux choix et aux stratégies mises en œuvre ? Plus que la question du nécessaire dialogue social, celle de la place des salariés dans les instances de direction des entreprises est primordiale, sans quoi tous les discours démagogiques sur le soi-disant « indispensable gel des salaires » continueront à prospérer.
Pour conclure, on peut toujours critiquer la grille de lecture marxiste, il n’empêche que le rôle de « l’armée de réserve » constituée par les chômeurs dans le freinage des salaires joue son plein, il faut le reconnaître (« le bien le plus précieux, c’est son emploi », constate DSK). La crainte du chômage amène à la fois les salariés à accepter des salaires de plus en plus bas sans rechigner, mais également la gauche à proposer des solutions simplistes en reprenant le discours de la droite au lieu de rechercher (encore et toujours, parce qu’il ne s’agit pas de se résoudre à accepter une réalité qui ne nous convient pas), les voies d’un nouveau développement économique.
Je parle dans le titre de ce message de « socialisme de résignation ». Le terme est fort, mais je le maintiens. Car lorsque l’on place les contraintes avant de définir les objectifs ; lorsque le rôle de la gauche semble consister à négocier les termes du renoncement sous couvert d’un réalisme de bon aloi ; lorsque l’on parle d’efficacité avant même d’aborder la question des finalités de notre action ; lorsque le « socialisme du réel » semble se borner à s’adapter à la réalité et à réguler une société et des règles économiques qu’il faudrait au contraire chercher à transformer, car l’épanouissement du socialisme et de nos valeurs ne pourra voir le jour avec les règles du jeu actuelles ; lorsque l’on tient se discours, Dominique, c’est le socialisme de résignation que l’on construit. Car que lui as-tu dis à ce salarié qui attendait des réponses ? Que la gauche n’avait rien d’autre à lui proposer que d’être réaliste et de renoncer à l’augmentation du SMIC ? C’est cela que nous avons à proposer aux salariés qui sont devenus les pions interchangeables d’un jeu économique qu’ils ne maîtrisent et ne comprennent plus ? C’est cela l’horizon que nous avons à offrir à ceux qui souffrent de la logique libérale plus que jamais à l’œuvre, l’horizon de l’acceptation de la réalité économique actuelle sans espoir de la changer en profondeur ?
Certes nous n’avons sans doute pas toutes les réponses en matière de pouvoir d’achat et d’emploi. Nous avons cependant des objectifs qu’il ne s’agit pas d’oublier : celui de trouver les moyens de ne jamais sacrifier le premier au détriment du second, celui d’inventer de nouvelles propositions pour une économie plus juste et plus efficace, celui de ne pas renoncer à construire une alternative crédible, concrète mais également globale au système économique tel qu’il fonctionne aujourd’hui. Plus que jamais, nous avons le devoir d’inventer. Plus que jamais, nous avons le devoir de nous battre contre les idées reçues et réaffirmer qu’il est possible de concilier progrès social et efficacité économique. Plus que jamais, notre rôle sera de proposer un modèle global de développement différent de l’horizon libéral que l’on tente de nous imposer. Sans renoncement, sans résignation, mais avec lucidité et imagination.