30 mai 2007
Et ça continue...
La Société des Journalistes de Paris-Match proteste actuellement contre des « pressions exercées par la garde des Sceaux », et reproche à la direction du journal d’avoir cédé pour ne pas publier quelques banales photos de famille de Rachida Dati, dont la diffusion avait été autorisée par son père (d’ailleurs ces photos avaient déjà été diffusées dans un documentaire marocain). Certes on est là dans des histoires de photos qui n’intéressent personne, mais ça montre encore une fois le climat actuel de suspicions et de pressions qui règne dans la presse française, où certains groupes de presse obéissent au doigt et à l’œil aux directives du clan Sarkozy (on peut rappeler deux exemples édifiants, ici et ici, qui ne sont malheureusement que la partie émergée de l’iceberg). Comment ne pas s’étonner ainsi quand on constate que Paris Match et le JDD font tous les deux partie du groupe Lagardère ? Comment ne pas s’interroger sur le fait qu’après avoir vu leur patron Alain Genestar viré pour avoir publié des photos que Sarkozy n’a pas appréciées, les journalistes fassent état d’un contexte d’insécurité où des journalistes sont « incités au départ » ? Dire qu’avec la plus grande partie de la presse à sa botte, avec bientôt quasiment tous les pouvoirs, Sarkozy continue à décrire ses opposants comme les tenants d’une « pensée unique ». Ca promet de belles années à venir et une haute qualité de débat, ce genre de propos.
25 mai 2007
Le Français ne sont pas des paresseux
Texte de Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives
Economiques (www.alternatives-economiques.fr)
Il faudrait, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ». Nicolas Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne. Il considère manifestement que la paresse actuelle des français est la cause principale des difficultés que rencontre le pays. Il s'agit là pourtant d'une contrevérité qui pourrait - devrait - lui coûter l'élection tant le propos est insultant à l'égard des 22,5 millions de salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de l'économie française ne sont pas, c'est vrai, toujours à la hauteur, mais c'est plutôt du côté des élites économiques dirigeantes qu'il faut en chercher les causes. Et les remèdes.
Rien n'est plus faux en effet que ce préjugé tenace d'une France paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de socialisme militant ou de francophilie excessive, un français qui occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne au cours de l'année 2005. C'est certes moins que les 81 000 dollars produits par l'employé américain moyen mais significativement plus que les 64 100 dollars d'un Anglais, les 59 100 des Allemands ou encore les 56 300 dollars d'un Japonais... Et même en matière de temps de travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les poncifs que lui soufflent ses amis chefs d'entreprises, il saurait que les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l'organisme statistique officiel de l'Union, un salarié français travaillait en moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre 36,1 dans l'ex Union à 15. Les Français travaillent presqu'aussi longtemps que les Anglais, 36,5 heures, et significativement plus que les Danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore que les Allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de l'exportation. Sans parler des Néerlandais qui ne restent en moyenne que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l'ex Europe à 15, c'est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 heures, qu'on travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce cela l'ambition de Nicolas Sarkozy pour l'économie française ?
Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important chez nous que chez nos voisins, c'est justement parce que ceux qui ont déjà un emploi sont particulièrement productifs. C'est la raison pour laquelle d'ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement censée. Et c'est pour la même raison, qu'en cherchant à allonger le temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne ferait qu'aggraver le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les pénaliser davantage qu'aujourd'hui afin de les obliger à trouver un emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal traités. En 2003, 10 des pays de l'ex Union à 15 dépensaient, en effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs, rapporté à leur PIB. Jusqu'à 2,7 fois plus par chômeur pour le Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...
Contrairement à ce que sous entend le candidat de l'UMP, les salariés français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l'Hexagone des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et s'en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l'heure en 2005 pour un ouvrier de l'industrie contre 24,6 en France selon les chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n'est pas en cause, ni le coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de l'inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par exemple, le gigantesque gâchis que l'incurie d'un Arnaud Lagardère, actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d'un Noel Forgeard a provoqué au sein d'Airbus, on se dit en effet que c'est surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de leurs habitudes de fonctionnement, que l'économie française aurait besoin d'une « rupture ». Mais évidemment il est plus naturel pour l'ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 73 % des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et chômeurs plutôt que de bousculer ses amis patrons...
24 mai 2007
La loi de l'offre et de la demande
Je viens de tomber sur une dépêche relatant les propos de Manuel Valls quant à la nécessité de « dépoussiérer le PS sclérosé ». Comme c’est super à la mode en ce moment, au delà des incantations regardons ce qu’il nous propose :
« Quant aux mesures fiscales du gouvernement Sarkozy, le député socialiste a jugé que "tout ce qui incite à la propriété va dans le bon sens". "C'est une demande très forte de nos compatriotes" tout comme la suppression d'une partie des droits de succession.
"Beaucoup de couples de couches moyennes ou populaires qui ont acheté pour passer cet héritage à des enfants été séduits par cette proposition: ne soyons pas binaires et caricaturaux, il n'y a pas qu'une France des rentiers qui demande cela", a-t-il conclu. »
Ca a le mérite d’être clair. Quand la droite met en place une mesure, on ne la juge pas à l’aune de ce que sont nos idées, nos valeurs, mais d’une « demande » des citoyens. Que l’on se pose la question de droits de successions, c’est une chose : on peut réfléchir ainsi à la question de l’égalité, de la reproduction sociale, ouvrir un débat là dessus, et peut être en arriver à considérer que transmettre sa maison à ses enfants n’est pas exactement la même chose que leur transmettre un héritage de plusieurs dizaines de milliers d’euros exonérés d’impôt. On peut s’interroger sur cette problématique, on peut en débattre. Mais en aucun cas en partant du principe qu’il faut répondre à une demande de l’électorat : car si cette demande va à l’opposé de nos valeurs, de nos idéaux de justice sociale, notre rôle sera au contraire d’avoir le courage de tenter de convaincre les citoyens sur le plan idéologique, de partir à la reconquête des valeurs auxquelles nous tenons et que la droite a mises à mal.
Parce que la somme des intérêts particuliers ne conduit pas à l’intérêt général, il est inimaginable que la refondation de la gauche se fasse sur la modèle de la loi de l’offre et de la demande. Plus que jamais, face à une droite qui a impose jour après jour l’idéologie libérale et l’individualisme dans les consciences, le combat des valeurs est aujourd’hui primordial. C’est à partir de nos valeurs, à partir de nos idéaux, que nous devrons mener le travail indispensable de réflexion sur nos outils et propositions, et non à partir d’une « demande » préalable de l’électorat. La rénovation des idées commence décidément assez mal…
21 mai 2007
Pas facile la rénofondation
Difficile de sortir des vieux clivages. Les débats tournent beaucoup au sein du PS en ce moment autour de la nécessité de ne pas céder à la tentation du "plus à gauche que moi tu meurs" et de la social-démocratie à tout va. Ok jusque là pas de problème, je suis d'accord. Mais j'avoue avoir un peu de mal à comprendre également les arguments de certains qui s'opposent à cette vision manichéenne des choses. J'ai lu en effet des propos (sur le blog de Rénover Maintenant, mais la source a peu d'importance, ces arguments sont repris un peu partout, d'autant plus que je n'ai aucune animosité particulière envers les camarades de RM), nous disant : "En réalité, le Parti est profondément divisé entre les " sociaux démocrates" et les tenants d'une gauche pure et dure ( dans les discours tout au moins ), favorables à un concept d'union de la gauche avec des partis qui ne représentent plus un électorat suffisant pour être crédibles. La nostalgie des vieux mitterrandiens n'étant pas productive, il convient de refonder ce parti même au prix ( si on ne peut l'éviter) d'une scission génératrice d'espoir pour une gauche recomposée dans son ensemble. Orienter une mutation vers une parti nommé " Désir d'avenir socialiste " recherchant une 3ème voie entre une gauche idéologique et le " blairisme " qui au fond n'est qu'un sarkozisme mou. Constatant que notre "gauche idéologique" est incapable de tenir ses engagements quand elle est au pouvoir, confrontée aux réalités économiques, il faut en tirer des conclusions".
D'abord, je ne parviens pas à comprendre qu'on puisse prôner de "refonder le parti même au prix d'une scission", surtout quand on voit l'état dans lequel est la gauche aujourd'hui. Nous n'avons pas besoin d'une division de plus, bien au contraire, et je trouve cela inquiétant quant à nos capacités de rassemblement, quand la scission est posée d'ores et déjà comme une possibilité acceptable (certes en dernier recours, mais quand meme), d'autant plus que cela ne vise principalement que Fabius, qui je pense (et je l'espère) ne tardera plus à ne représenter que lui-même et quelques fidèles inféodés. Que l'on refuse l'union de la gauche telle qu'elle était conçue du temps de Mitterrand, je suis à 100 % d'accord. Je ne pense pas qu'il faille parler d'"union", mais de refondation de la gauche. Qu'est ce que l'union de la gauche version années 80-90 ? On s'alllie de temps en temps, on négocie des places et le reste du temps on se tape dessus. Il n'est plus possible de fonctionner comme cela. Parce que nous devons construire une gauche forte, le rassemblement au sein d'un même parti de la gauche de gouvernement est un préalable nécessaire (mais non suffisant). Et ce n'est pas parce que les verts et les communistes ont fait respectivement 1,5 et 2% qu'ils en perdent pour autant leur capacité d'existence et de nuisance, bien au contraire. Car avec des scores tels que celui-là, si nous n'allons pas vers eux, la tentation va être grande de se distancier d'un parti socialiste vers qui le vote utile a joué à plein et de jouer les éternels trublions. A nous de tendre la main, de discuter avec nos partenaires naturels (car il n'y en a pas d'autres, qu'on le veuille ou non), qui partagent avec nous un grand nombre de valeurs, et ce n'est que comme ça que l'on pourra reconstruire, ou plutôt construire, une grande gauche qui ne passe pas son temps à construire un score électoral sur le dos de ses autres partenaires.
Alors certes le rassemblement de toute la gauche de gouvernement ne suffira pas, tant le poids de nos alliés s'est amenuisé. Mais c'est un préalable absolument indispensable si nous ne voulons pas revivre les éternels déchirements électoraux, les interminables négociations et discussions qui accompagnent les accords, aboutis ou non. Il nous appartient au contraire de tenter de construire une dynamique à gauche, qui ne pourra se lancer avec le rejet de nos partenaires qui n'auront d'autre choix ensuite que de se radicaliser. Et nous n'aurons rien à gagner à partir à l'aventure en solitaire, au prix dramatiquement élevé d'une scission. Non, le rassemblement de la gauche n'est pas une nostalgie, c'est une nécessité, mais une nécessité qui j'en conviens ne suffira malheureusement pas. Mais je trouve en tous cas hallucinant que ceux qui prônent à juste titre une rénovation et une refondation de la gauche nous disent également qu'une scission est quelque chose de possible, parce qu'à ce rythme là nous allons droit dans le mur. Voilà pour le premier point.
Deuxième remarque, concernant le passage sur la gauche idéologique. Sur le nouveau parti nommé "Désir d'avenir socialiste", j'ai rien compris, j'espère que ce n'est pas sérieux, franchement ça veut rien dire. Sur la "gauche idéologique" incapable de tenir ses engagements, j'ai du mal aussi à saisir. De quoi parle-t-on ? Les engagements ayant été tenus en 97, il me semble aussi globalement en 88, je crois comprendre qu'on revient en 1981, quand effectivement certains prônaient quelques mois avant la fin du capitalisme en 100 jours. Mais ça date de quand tout ça ? En gros on nous dit qu'il faut arrêter de prendre les références dans le passé, tout en se référant à une période datant d'il y a 25 ans, seul moment dans l'histoire où cette remarque prend un sens. Ca veut dire quoi la "gauche idéologique", à part un concept mou qui, s'il n'est rattaché à aucun exemple précis, n'a pour but que de dénoncer dans le vide et d'énoncer des vérités creuses destinées à clore rapidement un débat. Et putain (oui je suis un peu énervé) c'est exactement le genre de remarques qu'on nous balançait à la gueule quand nous tentions depuis 2002 d'apporter de nouvelles réponses à l'évolution du capitalisme actuel, à la montée des inégalités, à la crise sociale et démocratique, et à l'immobilisme du PS : "vous êtes archaïques, dogmatiques" etc... sans même avoir lu une seule de nos propositions. Finalement c'est peut être ça la gauche idéologique : considérer qu'une proposition est archaïque dès lors qu'elle est un peu ambitieuse, sans même chercher à démontrer en quoi elle n'est pas réalisable. Franchement si la rénovation de la gauche c'est ce genre de bon sens paysan, très peu pour moi.
Et puisque l'article parle ensuite de ne pas "nier les réalités économiques que nous devons regarder en face pour en réguler les effets", encore une phrase qu'on entend souvent, je dirai simplement que personne aujourd'hui au PS ne nie les réalités économiques (ou alors encore une fois il faut me le démontrer, personne ne propose de renationalisations massives, de socialisation des moyens de production, d'abolition de capitalisme et de l'économie de marché), simplement tous n'apportent pas les mêmes réponses. Et quand on parle de "réguler les effets" de la réalité économique, c'est qu'on s'avoue impuissant à changer celles-ci. C'est malheureusement la première marche du renoncement. Etre réalistes, c'est se dire qu'effectivement le monde a changé, que oui nos réponses doivent être différentes, mais que, justement, parce que le capitalisme n'est plus le même qu'il y a 20 ans, nos réponses se devront d'être encore plus ambitieuses pour faire face aux dégâts qu'il provoque. Etre réalistes, c'est être conscients que nos idées et nos valeurs ne pourront s'épanouir avec les réalités économiques actuelles et qu'une simple régulation ne suffira pas. Etre réalistes, c'est dire et assumer que notre ambition n'est pas d'avoir seulement un programme pour les 5 ou 10 prochaines années, même s'il en faudra un, mais que notre horizon est bien plus large, car remédier aux dégats du libéralisme, dans les faits et dans les consciences, ne se fera ni en 100 jours ni en 5 ans.
La refondation de la gauche risque finalement de consister en des phrases toutes faites auxquelles n'échappent pas ceux qui les dénoncent (et comme ça m'arrive aussi je m'inclus dans le lot :-). Et quand on parle en plus de leader naturel à tout bout de champ, sans poser au préalable réellement la question du débat collectif que nous devrons avoir quant aux causes de notre défaite, ça a le don de m'énerver encore plus. Et tiens, je le dis ici, je n'ai absolument aucun a priori négatif sur le fait que Ségolène Royal soit la candidate des socialistes en 2012 (je dirais même plus, comme j'ai tendance à penser que le choix se fera entre Royal et DSK, le mien sera rapide). Mais ce n'est ni le moment ni la bonne démarche à adopter. Pour moi la question du leadership ne peut en aucun cas être posée avant d'avoir analysé les raisons de notre échec et tracé des perspectives d'avenir pour la gauche. Je crois à la discussion collective qui trouve son aboutissement dans la désignation d'un candidat (qui devra se faire il est vrai bien plus tôt que la précédente), et non l'inverse.
Au final je suis un peu déçu par ce que j'ai pu lire. Parce que je croyais - et allez, je continue à le croire un peu - qu'entre Fabius et DSK il y avait de l'espace pour construire quelque chose de fort, de nouveau, qui aborde les débats sans idées préconçues et simplistes du type "faut s'adapter aux réalités économiques, faut faire notre mue à l'image des autres partis européens, tout ça", sans être non plus un fan club de Ségolène Royal, pour ne pas la citer. Car quand dès qu'il y a un semblant de début d'analyse on tombe au bout de deux paragraphes sur "DSK bla bla bla le plus à même, le meilleur bla bla" ou "Ségolène Royal, bla bla légitimité bla bla leader naturel", on sent bien qu'au delà de la volonté affichée par les uns et les autres de lancer un débat collectif et une refondation de la gauche, c'est bien une course infernale qui est lancée entre ces deux-là. J'ai de plus en plus l'impression que le débat d'idées risque s'être sacrifié sur l'autel des écuries, et l'écurie Royal n'a peut être pas grand chose à envier aux autres, si ce n'est que c'est elle - et il faut le reconnaître - qui a eu le mérite de faire bouger les choses en interne du PS sur le plan du renouvellement politique. Bref je suis un peu désabusé... mais ça passera, j'espère.
18 mai 2007
Ecologie : un gouvernement qui défendra le recyclage
Le (faux) suspense est levé : la composition du gouvernement a été dévoilée ce matin.
Premier constat : 3/4 des ministres nommés l'ont déjà été lors des précédents gouvernements de droite. C'est sans doute ça la rupture, on prend les mêmes et on recommence. Avec Juppé en prime pour garantir que la magouille récompense toujours, même avec Sarko. 2ème constat : une ouverture à gauche et au centre ? A voir... Je suis content d'avoir entendu dire ce matin que Kouchner n'était pas membre du PS, ce qui est le cas. En tous cas pour un homme aux prises de positions atlantistes et notoirement favorable à la guerre en Irak, ça promet comme politique (parler d'"ouverture" en prenant un mec qui sur un certain nombre de sujets d'envergure internationale est incontestablement à droite, le tour de passe-passe est habile et fonctionnera à plein, sans aucun doute). Sinon à la Jeunesse déjà que tout le monde s'en foutait, maintenant on a regroupé ça à la Santé avec Roselyne Bachelot, preuve que la Santé aussi aparemment on s'en fout un peu.
Tout ça pour dire que le gouvernement version Fillon 1 ne m'inspire en grande partie que du déjà vu et du réchauffé, loin des "surprises" annoncées, composition qui laisse à penser que c'est bien Sarko qui entend prendre en main les affaires du pays et présidentialiser à fond le régime.
Ah si, une dernière chose : Eric Besson, secrétaire d'Etat "chargé de la
Prospective et de l'évaluation des politiques publiques" c'est pas drôle un strapontin aussi minable, dont l'intitulé lui-même est à peine compréhensible ? Ca faisait bien longtemps que Besson m'avait pas fait rire, mais ça fait plaisir de voir que son égo surdimensionné n'a pas été excessivement flatté, c'est la moindre des choses.
16 mai 2007
Analyses analyses...
Une analyse piochée sur le web que je trouve dans l'ensemble assez juste et pertinente, celle de Michael Delafosse, ancien président de la Mutuelle des Etudiants.
http://michaeldelafosse.canalblog.com/archives/2007/05/07/index.html
Pour ma part je livrerai mes sentiments un peu plus tard, j'attends encore de prendre du recul, on ne médite jamais assez sur une défaite...
15 mai 2007
Sarkobug
Réclamation client---------------------- Monsieur, Madame, Il y a un mois, j'ai changé ma version Chirac 2.0 par la version Sarkozy 1.0 et j'ai noté que le programme a lancé une application inattendue appelée maintenant_vous_allez_vraiment
Un utilisateur démoralisé.
Réponse: Cher Monsieur, Votre plainte est très fréquente chez les utilisateurs de Sarkozy 1.0, mais elle est due le plus souvent à une erreur de conception de base.Beaucoup d'utilisateurs passent de leur version Chirac 2.0 à Sarkozy1.0 en pensant que Sarkozy 1.0 n'est qu'un programme d'utilitaires et de divertissement. Cependant, Sarkozy 1.0 est bien plus que cela, il s'agit d'un SYSTEME D'EXPLOITATION COMPLET conçu pour gérer TOUTES vos applications. Il est entendu que le retour à Chirac 2.0 est impossible. Deux options s'offrent à vous : - Vous décidez de conserver Sarkozy 1.0, et vous attendez 5 ans normalement, avant de changer pour un système d'exploitation plus satisfaisant et performant.Pour ce qui concerne les programmes Démagogie 7.0 ou Autoritarisme 9.5, ce sont des programmes d'ancienne génération utilisés sous NB ou Vichy.1940, qui aujourd'hui connaissent des problèmes de compatibilité. Des mises à jour de République_Française bientôt téléchargeables devraient permettre de résoudre le problème. Evitez d'utiliser les touches Echap et Suppr trop souvent sous Sarkozy1.0, vous risquez de lancer des applications néfastes comme C:/coup_de_matraque_dans_la
Cordialement,le SAV informatique.
Où ça des "personnalités de gauche" ?
"Des personnalités de gauche au gouvernement, gna gna gni gna gna gna"... Commence à en avoir un peu marre d'entendre ça au sujet notamment de la possible entrée de Bernard Kouchner au gouvernement. Mettons les choses au point : pour moi quelqu'un qui était pour la réforme Fillon, pour la guerre en Irak, pour le CPE, ne peut se prétendre profondément de gauche. C'est dit. Et ce n'est pas du sectarisme primaire, juste une question d'un minimum de valeurs partagées. Alors se gargariser de l'ouverture de Sarkozy envers quelqu'un qui ferait tout ce qu'il peut pour planter un couteau dans le dos au PS... (sa haine envers les socialistes est paraît-il légendaire, peut être qu'il n'aurait pas fallu de notre part lui accorder trop d'importance durant ces derniers mois). Allègre je n'en parle pas, Besson encore moins. Ca des personnalités de gauche ? Hum...
Bon par contre Védrine franchement ça le ferait pas. Quelqu'un de bien je pense, même si je ne le connais pas vraiment. Attendons de voir vendredi, ça pourrait faire assez mal s'il est au gouvernement. Mais quant aux autres, arrêtons de considérer des ralliements opportunistes comme une preuve de rassemblement de Sarkozy, et cessons de notre côté de les considérer comme étant des hommes politiques authentiquement de gauche (d'ailleurs je ne considère pas quelqu'un qui entre dans un gouvernement de droite, quels que soient ses combats passés, comme socialiste). Et ce n'est pas parce que Môôsieur Kouchner est populaire qu'il ne faut pas le renvoyer à ses prises de positions à l'inverse du PS sur un grand nombre de sujets ces 5 dernières années. Ca nous évitera d'avoir à assumer ses conneries et son ambition personnelle démesurée.
En attendant ça remue pas mal à l'UMP pour les postes, mais pour les journalistes ça ne s'appelle pas une discorde ou des tensions comme dans notre parti, ce sont simplement des "déceptions".
14 mai 2007
Ca commence bien...
Les choses sérieuses ont commencé, ou plutôt elles continuent comme avant : un article du JDD a été censuré, et pour cause, il relevait le fait que Cécilia Sarkozy n'est pas allée voter dimanche 7 mai (même si on s'en doutait déjà vu qu'elle n'était pas apparue aux côtés de Sarko). La direction du JDD a du céder aux pressions de la garde rapprochée de Sarko, puis de celles de Lagardère, en retirant l'article au motif qu'il relevait de la "vie privée". Ah bon, le fait que la femme du président de la république ne se déplace pas pour aller voter ça relève simplement de la vie privée ? A tel point que c'est le directeur de campagne de Sarko lui-même qui est chargé de jouer la flicaille pour que l'article ne soit pas publié ? On croit rêver...
Bon tout ça c'est pas nouveau, y avait déjà un bon stock de précédents (Paris Match, France 3 etc...), mais ça a le mérite d'annoncer la couleur. On savait déjà que "liberté" et "presse" étaient deux notions difficiles à associer pour la droite et quelques grands industriels français, on en a la confirmation.
Euh.. pendant ce temps là DSK n'avait rien d'autre à faire ce matin sur RMC que de taper sur tout le monde encore une fois ? Apparemment non. Le "socialisme du réel" comme tu dis si bien c'est aussi et surtout la réalité des législatives camarade...
http://www.rue89.com/2007/05/13/cecilia_sarkozy_na_pas_vote_un_scoop_censure_du_jdd
09 mai 2007
Tous au centre ?
Ce qui était jusqu’à dimanche une éventualité probable tant redoutée est malheureusement arrivé, par un verdict clair des électeurs : Nicolas Sarkozy est élu Président de la République pour 5 ans. Ce n’est pas faute pourtant d’avoir mené une campagne dynamique, qui a mobilisé toutes les énergies mais aussi tous les espoirs, une campagne qui a rencontré un écho populaire important, l’affluence aux meetings de Ségolène Royal étant là pour le prouver. Mais force est de constater que, face à une droite ayant gouverné pendant 5 ans de manière désastreuse et que l’on croyait enterrée en 2004, après le CPE qui a rassemblé contre lui des millions de jeunes, la défaite de la gauche n’en est que plus amère.
Si les socialistes doivent maintenant se rassembler pour les législatives de juin prochain, des enseignements devront être tirés de ce scrutin. Mais cela devra être fait dans le calme et avec discernement, pas comme certains responsables nationaux (les mêmes qu’en 2002 et en 95) qui se sont précipités 10 minutes après la défaite connue pour expliquer que tout était de la faute du PS depuis 5 ans, qu’on est vraiment nuls, etc… (cette remarque vise à la fois quelqu’un qui s’est déclaré « disponible » avec une indécence rare, mais aussi un autre ayant déclaré le drapeau socialiste « à terre », les intéressés se reconnaîtront sans peine).
Néanmoins, si la prudence est de mise lorsqu’il s’agit de tirer les leçons de l’échec du 6 mai, l’empressement de certains à vouloir se réfugier à vitesse grand V vers le centre, mérite de mettre en avant quelques éléments d’analyse.
Tout d’abord, pourquoi certains électeurs de gauche sont allés voter Bayrou au premier tour ?
On nous dit, « parce que le PS n’a pas fait sa rénovation, et n’est pas suffisamment social-démocrate » (discours d’ailleurs préparé de longue date, prêt à servir pour n’importe quel score de la gauche pourvu qu’elle ait perdu). Je ne suis pas du tout sûr que ce soit la motivation première des électeurs ayant voté pour le candidat centriste, tant ce vote est infiniment complexe.
Au delà des électeurs centristes traditionnels (donc de droite), il y a sans doute d’une part parmi ces raisons la peur de Sarkozy qui a nourri un réflexe de vote utile pour le candidat le plus en mesure, d’après les fameux sondages, de l’emporter au deuxième tour. Il y a aussi ceux qui ont vu en Bayrou un candidat anti-système, ce qui valide notre analyse sur la rénovation des institutions et de la vie politique. On peut voir également dans le vote Bayrou, et c’est sans doute l’élément le plus significatif, une perte de repères politiques et idéologiques. Si avec un argument selon lequel on peut gouverner « avec les meilleurs de droite et de gauche » il est possible de recueillir 18 % des suffrages, n’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur le fait que cette proposition ait pu être rendue crédible ? Est-ce que ce n’est pas justement parce que le clivage droite/gauche n’était pas suffisamment visible que les électeurs qui auraient pu voter à gauche se sont tournés vers le centre avec autant de facilité ? A-t-on réellement expliqué que, au delà du fait que le type de gouvernement proposé par Bayrou n’était pas réalisable, ce sont bel et bien les valeurs de gauche et de droite qui sont totalement incompatibles, ce sont nos idéaux qui ne sont pas les mêmes, ce sont nos projets de société qui divergent fondamentalement et qui ne permettront pas de faire travailler ensemble la gauche et la droite ? Est-ce qu’il n’y a pas des enseignements à tirer du fait que 70 % des électeurs ne voyaient pas la différence entre le programme de Royal et celui de Bayrou, alors qu’il y en avait tant ?
Quand les repères idéologiques s’effacent, c’est le « bon sens paysan » qui revient sur le devant de la scène, que ce soit sur le mode « dépassons les clivages stériles, faisons travailler tout le monde ensemble », ou sur le mode « travailler plus pour gagner plus, et toute la France se redressera ». Ce n’est pas à la Gauche de contribuer à cet effacement des repères en se donnant une ligne politique à géométrie variable en fonction du score de Bayrou, c’est au contraire à nous de rappeler que face à la droite, la seule alternative est un projet de gauche ambitieux, rassemblant autour de lui l’ensemble des femmes et hommes de progrès, et seul à même d’apporter un changement de société profond.
En tout état de cause, si le vote Bayrou est complexe et malgré tout peu aisé à analyser, l’analyse du type « Au centre toute ! » (de même que le « A gauche toute ! ») est à la fois insuffisante et à mon sens contre-productive et dangereuse. Car j’en viens maintenant à la question des alliances futures et aux calculs arithmétiques.
Les spéculations sur les changements d’alliance potentiels sont je trouve assez ahurissants. Parce que la gauche du PS a fait un score très faible, parce que Bayrou a fait le score que l’on sait, des changements de stratégies électorales s’imposeraient. Ca fait très « cuisine » tout cela : j’ai très peu entendu d’interrogations sur « pourquoi nous battons-nous ? », « pourquoi veut-on gagner les élections ? ». Pour moi les vraies questions à se poser sont les suivantes : une alliance ou un déplacement idéologique vers le centre nous permettra-t-il de mettre en place un vrai projet de transformation de la société ? Doit-on sacrifier nos idéaux sur l’autel des 18 % de Bayrou ? Comment faire au contraire pour convaincre, sans nous renier, sans être complexé par notre vision de la société, le plus grand nombre de citoyens de nous rejoindre ? Car si l’on commence à parler stratégie avant même d’avoir posé la question de nos valeurs et du sens de nos combats, ce sont des lendemains douloureux que nous préparons. D’autant plus que si, par un mouvement profond vers le centre, on contribue à renforcer de nouveau l’extrême gauche, on nous dira sûrement dans 5 ans qu’il faut encore changer de cap.
Face à la droite décomplexée, ne construisons pas la gauche du renoncement et de la résignation. En deux mots, sachons inventer. Quand un des principaux mots d’ordre est aujourd’hui de prendre en compte les contraintes du monde actuel et de nous y tenir, osons dire que les contraintes sont aussi faites pour être dépassées. Osons chercher et construire de nouveaux outils pour faire face aux dérèglements d’une société qui effectivement a changé. Osons prétendre que la fatalité n’est pas l’horizon des socialistes, et que la politique du moindre mal et de la simple régulation du libéralisme ne suffira pas à faire que les citoyens puissent de nouveau réellement vivre ensemble dans une France où la notion de progrès social n’est plus un vain mot.
Et si l’on ose dire cela, la question des alliances se posera sous un autre angle : le progressisme tel que nous le proposons, qui tient compte des réalités du monde d’aujourd’hui pour mieux les changer, n’a pas vocation à être dissous dans des accords électoraux, mais doit être au contraire en mesure de rassembler celles et ceux qui, à la gauche comme à la droite du PS, ne croient pas à la résignation et pour qui l’ambition d’un monde plus juste ne pourra se réduire à quelques simples pansements sur les dégâts de la politique de la droite, en France et dans le monde. Faire la refondation socialiste, ce n’est pas simplement briser des tabous ni changer de regard sur la société. C’est prendre en compte de manière globale et cohérente ses évolutions, ses mutations, pour apporter de nouvelles réponses, de nouveaux outils permettant de remettre en cause réellement son mode de fonctionnement actuel, sans angélisme ni certitudes inébranlables, sans interdits ni idées préconçues, mais avec un sens des responsabilités qui nous impose de ne tomber ni dans les solutions simplistes ni dans je ne sais quelle politique timide ou timorée, sous prétexte que « le monde a changé ». Et plus que le souci de « coller » à l’électorat, la volonté d’éclairer les citoyens par un projet global de société lisible, audible et ambitieux ne saurait être abandonnée.